Comment bien acheter une œuvre d’art sur internet

Acheter un tableau en le voyant seulement en photo ? Est-ce vraiment possible ?
Voilà l’inquiétude que ressent souvent l’amateur d’art lorsqu’il envisage d’acheter une peinture sur internet. Un tableau, pense-t-il, cela doit se contempler, s’examiner de près. On aime voir les couleurs, les traces de brosse, la « patte » du peintre. Bref, il faut qu’un tableau vous fasse de l’œil, vous séduise. Et nombreux sont ceux qui renoncent aux immenses possibilités que représente l’achat d’œuvres d’art, sur internet, à partir d’une simple photo sur écran.

Je me trouvais récemment dans une salle de vente d’un des premiers commissaires-priseurs parisiens. J’ai eu l’étonnement de constater que les œuvres d’art n’étaient même plus montrées aux enchérisseurs. La photographie du catalogue était projetée sur un écran géant, et c’était tout. Et, commentaient mes voisins, c’est une bonne chose. C’est si fragile une œuvre d’art ! Ainsi, il n’y aura plus d’oeuvres abîmées, froissées, déchirées par les manipulations d’un commissionnaire, tout armé de bonne volonté soit-il ! D’ailleurs, un bon amateur d’art sait ce qu’il achète, la photo suffit.

Oui, pensé-je, je suis d’accord, une bonne photo suffit. Encore faut-il savoir la lire, l’interpréter, la décrypter. Et je me suis mise à réfléchir aux processus qui me permettent, depuis tant d’années, d’acheter sur simple photo sans me tromper dans mon jugement.
C’est mon expérience que je vais vous faire partager.
Les codes pour bien comprendre la photographie d’une œuvre d’art sont finalement plutôt simples. Voici les quatre règles qui permettent de bien cerner la photo d’une œuvre sur un écran d’ordinateur par exemple.

S’imprégner de la lumière

Tout tableau change selon la lumière, et la photographie ne fait que le figer dans un moment lumineux. La photo ne donne donc qu’une vision partielle du tableau, qui dépend de la lumière présente au moment du déclenchement de l’obturateur et de l’affichage des couleurs sur votre écran.
Il importe donc, pour juger d’un tableau, de lui rendre toutes ses potentialités lumineuses. Heureusement, notre cerveau est plus efficace que le plus sophistiqué des logiciels de retouche photographique.
Il faut se laisser porter et regarder la photo avec attention pour s’imprégner de son degré de luminosité. Cela permet à notre cerveau de repérer quasi inconsciemment la vibration de la lumière propre à la photo figée. En ayant identifié cette vibration, vous avez désormais la possibilité de vous représenter toutes les autres potentialités lumineuses du tableau. Celui-ci est en quelque sorte « défigé ».
Place à l’imagination et à la pratique. Exercez-vous à visualiser le tableau sous une lumière crue, en lumière rasante, dans la pénombre…
Vous arriverez vite à vous approprier toutes les lumières possibles du tableau aussi parfaitement que si vous l’avez sous les yeux.

©ScienceJunior.fr

Faire vivre les couleurs

Une fois intériorisées les vibrations lumineuses du tableau, ce sont les coloris sur lesquels il faut se pencher. Ceci est valable pour une œuvre en noir et blanc comme pour une œuvre en couleurs.
Les multiples nuances de gris sont en effet aussi importantes à percevoir que les différentes intensités de rouge ou les gammes de bleu.
Ici encore, c’est votre imaginaire qui va vous guider. Depuis notre enfance, nous sommes habitués instinctivement aux correspondances entre les teintes, aux échelles d’intensité de coloris. Seulement, c’est une faculté qu’il faut parfois savoir réveiller.


Aquarelle de Goethe ©Goethemuseum, Hochstift.

En regardant les couleurs de la photo de l’œuvre, efforcez-vous de repérer, autour de vous, un objet coloré qui corresponde à une des teintes du tableau photographié. A plusieurs reprises, faites passer librement votre regard de la couleur de cet objet coloré à la couleur que vous voyez sur la photo. Votre pensée, ensuite, fera le reste, et par étalonnage, va vous fournir une idée très précise des teintes réelles du tableau.

Juger des effets de matière

On pourrait croire que, malgré toutes ses qualités, une photographie peine à restituer les effets de matière d’une surface picturale ou d’un papier. Il n’en est rien !
En utilisant les zooms qui équipent nos écrans, on peut distinguer les plus petites modifications de surface. N’hésitez pas à scruter l’image en l’agrandissant, et à bien examiner les photos de détail qui sont souvent données sur les sites. Vous remarquerez les traces de pinceau dans la pâte picturale, les marques de cuvette dans une gravure, les lignes vergées sur un papier plus facilement encore qu’en manipulant vous-même l’œuvre.

Jauger le format

C’est probablement le plus facile, mais ce n’est pas pour autant une étape à négliger.
La plupart des sites fournissent une photographie comparative, où un objet familier accompagne l’œuvre. Sur Les Atamanes, ce sont des fruits que nous avons choisis comme repères, pour permettre de juger facilement de l’échelle d’une œuvre.

Toutes les descriptions d’oeuvres sur les sites internet donnent les dimensions réelles des tableaux et de leurs cadres. Tout bon acheteur sur internet a intérêt à se munir d’un mètre d’arpenteur ou d’un mètre ruban. Figurer sur un mur les proportions exactes d’un tableau évite bien des surprises.

Suivre ces simples conseils permet d’acheter des œuvres d’art d’après photo sans danger.
Sachez cependant que, si un objet acheté par correspondance ne vous plait pas, vous avez légalement la possibilité de le retourner sans explication aucune au vendeur, et ce durant quatorze jours.

Alors, dites-moi franchement : pensez-vous toujours qu’il soit risqué d’acheter des œuvres d’art sur internet ?

Catherine Duhamel pour Les Atamanes