De quoi j'ai l'air?

Où l'on apprend que les apparences peuvent être trompeuses.

Pragmatique : Furetante, arrête tout de suite ce petit jeu. Tu m’agaces, tu m’agaces, tu m’agaces !

Furetante : Mais qu’est-ce qui te prend, Pragmatique ?

Pragmatique : Cela fait bien vingt minute que je suis là, et tu n’as pas cessé de te regarder dans la glace ! Je ne savais pas que je t’ennuyais à ce point !

Furetante : Mais ce n’est pas ça.

Elle prend les deux mains de Pragmatique dans les siennes, d’un geste si brusque que son amie en sursaute d’étonnement.

Furetante,d’un ton mélodramatique : Dis-moi franchement. De quoi j’ai l’air ?

Pragmatique : Comment ça, de quoi tu as l’air ? Eh bien, de quelqu’un avec une bouche, deux yeux et trois kilos en trop !

Furetante : Ah ne te moque pas de moi. Tu vois ce  que je veux dire.

Pragmatique : Non, justement, je ne vois pas.

Furetante : Franchement, quand on me voit, qu’est-ce qu’on pense de moi ? J’ai l’air sympathique ? Je fais peur ? Allez dis-moi tout et surtout ne m’épargne pas.

Pragmatique : Toi, tu n’es pas dans ton état normal. Raconte. Que s’est-il encore  passé ?

Furetante : Hier, à la salle des ventes, j’étais fatiguée comme tout, je trainais une tonne de tableaux comme à mon habitude et j’ai décidé de prendre le monte charge. Ces monte-charges, tu les verrais, ils sont immenses, suffisamment grands pour contenir trois chariots pleins de meubles, de pendules, de lustres…

Pragmatique : Allez, écourte !

Furetante : Bon le monte charge arrive et il est plein à craquer. Une commode Louis XV, une statue représentant des cerfs attaqués par des chiens grandeur nature. Tu vois le tableau. Pas beaucoup d’espace pour m’accueillir. Et régnant sur toute cette pagaille, mon ami Youssouf, tu sais, je t’en ai déjà parlé, il vient du Mali, et il m’a souvent raconté que…

Pragmatique : Furetante, va au fait ! Arrête de digresser à tout moment !

Furetante, se tordant les mains : Tu me le dirais toi, si j’avais l’air d’une harpie ? Si  tu avais honte d’être vue avec moi ?

Pragmatique : Ca y est, ça recommence ! Tu vas me le dire à la fin ce qui se passe ?!!!

Furetante, rouge de honte et de confusion : Tu vois, c’est Youssouf. Il m’a invitée à prendre le monte-charge. Moi, j’hésitais, ne sachant pas si je pouvais trouver de la place… Et alors, alors il m’a dit … il m’a dit …

Pragmatique, excédée : Quoi, à la fin ?

Furetante : Il m’a dit en se frottant le ventre que je pouvais entrer sans crainte, que je ne devais pas avoir peur : qu’il avait déjà pris son petit déjeuner ! Qu'il n'allait pas me manger...Mais pourquoi il a dit ça ? Qu’est ce qu’il a vu sur mon visage pour dire ça ? De quoi avais-je l’air ?

Elle achève dans un murmure tremblotant :

-          Dis, Pragmatique, tu me le dirais, toi, si j’avais l’air …. raciiiiiste…

Pragmatique, éclate de rire : Je vais te le dire, de quoi tu avais l’air. D’une blonde !