Faux et usages de faux

Où l'on apprend que les faux peuvent refaire surface

Furetante arrive toute fière chez Pragmatique.                                                                

Furetante : Tu ne devineras jamais ce qui m’arrive ! J’ai décidé de la destinée de deux hommes aujourd’hui !

Pragmatique : Quoi ?

Furetante : Je suis sérieuse. Ces hommes auraient pu aller en prison sans moi. Allez, ne fais pas cette tête-là ! Je te raconte.

J’arrive toute guillerette à la salle des ventes quand un homme m’aborde. Je reconnais un marchand d’art connu pour la qualité de ses achats. Il est livide donc je me dis qu’il ne veut pas uniquement me parler de mes beaux yeux.

Et là, il m’annonce que l’administration de la salle des ventes, les commissaires priseurs et lui-même sont à ma recherche depuis plus de quinze jours !

Pragmatique : A ta recherche ? Qu’est ce que c’est que cette histoire ?

Furetante : Je t’explique. Il y a quelque temps, j’ai acheté aux enchères un tableau peint par Terechkovitch, un peintre russe que j’adore. Le tableau avait été annoncé par le commissaire priseur comme signé par l’artiste.

Pragmatique : Je comprends. Tu t’es dit que tu pouvais donc commencer à espérer qu’il soit authentique.

Furetante : Tu as pigé ! C’était le début de l’aventure. Donc je récupère le tableau au magasinage, et là, je commence à y croire encore plus. Tout à fait la manière de Terechkovitch, avec quand même un rien de mollesse dans le traité qui me laisse perplexe. Eh bien, accroche toi aux rideaux: ce tableau est un faux !!! Recherché par la police en plus !

Pragmatique : Aïe, aïe, aïe !

Furetante : Tu vas voir, c’est un vrai feuilleton. Ca ne fait que commencer. D’après ce que j’ai compris, ce tableau appartenait initialement à ce marchand d’art qui m’a abordée. Où il l’avait trouvé, ça, il ne me l’a pas dit. Sûrement en salle des ventes tout comme moi.

Pragmatique : C’est une vraie patate chaude, ton tableau !

Furetante : Tu l’as dit. Croyant que le tableau avait de bonnes chances d’être authentique, le marchand d’art le confie à un expert. Ledit expert contacte la famille du peintre qui, tout de suite, pousse les hauts cris, déclare l’œuvre fausse et exige sa destruction immédiate. Bon, jusque là tout va bien. Sauf pour mon ami le marchand.

Pragmatique : Mais alors, comment le tableau s’est-il retrouvé encore une fois en salle des ventes ?

Furetante : Héhé ! C’est là que ça se corse. Le marchand se retrouve donc avec le tableau à détruire sur les bras et en plus, il pèse une tonne ! Le tableau, pas le marchand bien sûr. Du coup, il le dépose en passant dans l’étude d’un commissaire priseur de sa connaissance qui se trouve sur son chemin. Et il oublie de revenir le chercher.

Pragmatique : Ca se comprend, on a tendance à oublier les choses désagréables.

Furetante : Seulement, mon ami le marchand a aussi oublié qu’il avait depuis longtemps confié à ce commissaire priseur d’autres tableaux pour qu’il les vende en son nom. Et là : coup de théâtre, hasard (propice ?) et stupéfaction : le faux Terechkovitch se retrouve ajouté à ces lots et passe dans une toute petite vente fourre-tout!

Pragmatique : Mais la police là-dedans ? Qu’est ce qu’elle vient faire dans cette histoire ?

Furetante : Je te l’ai dit, c’est un vrai feuilleton !! La famille du peintre est du genre opiniâtre - et c’est tout à son honneur ! Elle a un réseau d’indicateurs qui surveille pour elle tous les passages d’œuvres de Terechkovitch. Dès qu’elle a été mise au courant de la vente, elle a immédiatement saisi la police

Pragmatique : Nous y voilà !

Furetante : Et ils n’aiment pas beaucoup qu’on se moque d’eux, nos défenseurs de l’ordre et de la loi. Une, deux, hop là: la police judiciaire convoque le marchand et le commissaire priseur et les menace de poursuites si le tableau n’est pas immédiatement retrouvé et détruit. Oui, mais le tableau, c'est moi qui l'avait!! C’est à ce moment-là que tout le monde est parti à ma recherche. Une chasse à la femme en bonne et due forme ! Et il leur a fallu deux semaines !

Pragmatique : Alors que tu es toujours fourrée à l’Hôtel de Ventes ? Bon, passons. Et ensuite ?

Furentante : N’écoutant que ma magnanimité extrême, j’ai décidé de balayer les nuages qui menaçaient d’obscurcir certains casiers judiciaires et j’ai rendu le tableau, contre remboursement, cela va de soi.

Pragmatique : Casiers judiciaires ? Tu ne crois pas que tu exagères ? En tout cas, te voilà sans l’avoir prévu une actrice de la lutte contre les faux en œuvres d’art !