Goût, esthétique et société : les arts décoratifs

Les Arts décoratifs regroupent toutes les disciplines qui ont pour vocation d’embellir le quotidien, de créer une atmosphère esthétique dans laquelle vivre et se sentir bien. Arts de la table, mobilier, éléments de décoration, tissus sont fabriqués en séries, largement diffusés et expriment le goût de la société à une époque.

Les Arts décoratifs suivent les effets de mode pour s’adapter et refléter l’esthétique de la société, pour plaire aux contemporains. Ils brassent à la fois la recherche d’un « beau » validé collectivement et la volonté de paraître -être au gout du jour et pouvoir le montrer aux autres- ou d’appartenir à une communauté.

Si l’on remonte le temps, les Arts décoratifs sont en premier lieu étroitement liés à la manifestation de la puissance royale. Chaque roi générait son propre style et tentait ainsi de laisser son empreinte sur sa période. Styles Louis XIV, Louis XV, Louis XVI se sont succédés, modifiant les formes, matériaux, couleurs et techniques des objets du quotidien.
Le style Louis XIV rigide et grandiose affectionnait les lignes droites et la symétrie des courbes, le style Louis XV utilise les courbes inversées et l’asymétrie du baroque puis le Louis XVI revient aux lignes droites mais en privilégiant élégance et raffinement.
Suivre la mode décorative était alors signe d’allégeance et de fidélité au nouveau souverain. En résultait une cohésion sociale mais aussi un effet d’entrainement sur l’économie et sur le rayonnement culturel de son pays

 

La Révolution accouche également de son propre style : le Directoire. Puis c’est le style Empire et Napoléon alimente par ses commandes les grandes manufactures qui ont un rôle fondamental dans le relèvement de l’économie française. Au cours du XIXème siècle, le lien entre politique et art décoratif s’estompe de plus en plus au profit de l’expression des sensibilités privées. Les styles décoratifs se structurent alors davantage par segments générationnels, le goût évoluant au gré des expériences et du ressenti de la société.

L’apparition d’une tendance au sein des arts décoratifs reste un phénomène mystérieux. Comment savoir ce qui va plaire, ce qui va susciter l’adhésion des acheteurs? Beaucoup repose sur les personnalités des lanceurs de mode dont le charisme ou la position sociale appellent admiration et mimétisme. Ainsi sous la Révolution, Theresa Cabarus lança la mode des vêtements et du mobilier à la grecque.

Mais certaines modes sont parfois dues à de purs hasards. Le gout des draperies de mousseline qui habillent les murs sous l’Empire est dû à une inspiration de Joséphine de Beauharnais. La pièce où elle devait accueillir son mari pendant une de ses campagnes avait des murs nus et laids. Elle eut l’inspiration de les couvrir avec la mousseline blanche prévue pour faire faire ses robes, seul élément qu’elle avait à disposition, comme cache misère. Une mode était lancée.

 


Tentures dans la chambre de Joséphine de Beauharnais à la Malmaison
 

Les Arts décoratifs suscitent un phénomène d’osmose et d’unité au sein de la société. Ils sont le témoin du ressenti d’un corps social qui s’exprime dans les formes et les matières du quotidien. A partir du XXème, ils trouvent leur place dans la création industrielle : le design façonne tout de la petite cuillère à l’intérieur des TGV.

 


Rame du francilien (ligne Paris-Meaux)