La fin de l’objet

L’art contemporain- et par là doit s’entendre toute démarche de création entreprise pendant et après la découverte de l’abstraction, soit depuis le début du XXème siècle- ,l’art contemporain se caractérise par la disparition de la nécessité de représenter un objet. Concepts, idées, notions, formes pures : l'art cesse de représenter la réalité concrète pour s'emparer du champ entier du ressenti humain.

Non pas que l’objet soit absent du tableau contemporain : Nicolas de Staël, par exemple, a peint aussi bien de fulgurantes toiles abstraites que des poires et des pianos. Ce qui est important, c’est que l’objet représenté par l’artiste prend soudain une dimension qui n’a aucun rapport avec son existence concrète.
 


Le piano de Nicolas de Stael©musée Fabre

 

L’artiste est libre d’investir l’objet avec ce qu’il souhaite que ce soit une portée symbolique, une recherche de forme, ou une madeleine de Proust. L’objet peint n’est plus matériel et concret, il est ce que l’artiste en a fait.

La matérialité de l’objet représenté ayant disparu, la démarche créative s’est retrouvée libre d’aller dans toutes les directions qu’un esprit inventif est capable d’appréhender.

Certains artistes ont poussé l’appréhension de l’objet peint jusqu’à l’extrême: ils ont alors représenté l’absence même de l’objet. Yves Klein a ainsi exposé du vide, présentant une salle où rien ne figurait. Contrairement à ce que quelques spectateurs outrés ont pu penser, ce n’était pas une plaisanterie mais une authentique démarche créative.

D’autres artistes se sont tournés vers une réflexion sur le temps, la durée que ce soit celle de l’objet ou, par extension, celle de l’œuvre. Ils se sont attaqué à la loi la plus exigeante de la peinture des siècles passés: la pérennité de la chose peinte ou sculptée.

L’objet saisi par le regard de l’artiste n’a plus vocation à durer éternellement. Bien au contraire, c’est le caractère périssable de l’œuvre qui fait tout son sens. L’œuvre par essence n’a pas d’avenir et  s‘inscrit dans une non continuité dans le temps.

La notion d’éphémère dans l’art ajoute un élément tragique à l’émotion du spectateur face à toute œuvre d’art. Regarder devient partie de la manifestation créative: seule la mémoire du visiteur va garder trace de l’œuvre qu’il est en train de regarder.