Les "écoles" en art : décodage

Le monde des œuvres d’art n’a cessé de s’enrichir de multiples contributions au cours des siècles. A tel point qu'il est impossible de prétendre connaître ou recenser l’ensemble des œuvres existantes dans le monde.
Et pour ne pas simplifier les choses, de nombreux tableaux ou dessins restent inidentifiables pour de multiples raisons. Afin de les qualifier et les classer, l’Histoire de l’Art a retenu le terme d’Ecole. Voici le décodage de ce terme qui peut parfois paraître imprécis et intriguant.

Quand utilise-t-on le terme d’Ecole ?

Un tableau décrit sous le terme d'"Ecole" veut dire qu’aucune identification précise n'a pu lui être rattachée. On se trouve donc devant un tableau ou un dessin sur lequel peu d’informations existent.


Ruines et personnages. Ecole du Directoire

Deux raisons principales rendent difficile l’identification d’une œuvre d’art:
- soit son auteur ne l’a pas signé
- soit l’œuvre est signée mais la signature n’est pas reconnaissable

Ce peut être parce qu’elle est illisible (pensez aux ordonnances de certains docteurs), ou écrite à une époque où certaines lettres étaient différentes, ou encore affectée par des craquelures dans le tableau ou partiellement effacée. 

La signature peut aussi être lisible mais non reconnaissable parce que justement son auteur est inconnu. Il aura peut-être créé sans documenter son œuvre ou sans laisser d’informations sur sa démarche. Ou encore ses informations peuvent avoir disparu à cause de guerres ou d‘événements imprévus.

La signature peut aussi figurer sous forme de monogramme et il est parfois difficile de ratacher des initiales au nom d'un artiste.

C’est alors que l’œuvre d’art sera appelée « Ecole ». Encore faut-il savoir de quelle Ecole on parle…

Comment détermine-t-on une Ecole ?

Que faire face à une œuvre dont l’auteur reste mystérieux ?
Il s’agit de relever les indices qui permettent de se rapprocher au plus près de l’identité de l’œuvre.

Plusieurs critères servent à préciser devant quel type d'oeuvre se trouve le spectateur :
- le critère le plus simple est celui de la période d’exécution : on parle alors d’Ecole XVIIIème, Ecole du XIXème…. Ou parfois, en étant encore plus précis, d’Ecole du premier quart du XXème.
L’ancienneté de la toile ou du papier, leurs dimensions, la composition chimique des couleurs et, bien sur, la connaissance des caractéristiques stylistiques d’une époque sont les éléments utilisés en général pour établir la carte d'identité d'une oeuvre.


Paysage. Ecole du XIXème

- le critère suivant est celui de la nation ou de la culture dont l’oeuvre est issue. Cela influence en effet la manière de l'artiste, la façon dont il créée. Une Ecole Italienne XVIIème dépeindra par exemple une histoire, une mise en scène de personnages, de situations. Une Ecole flamande de la même époque décrira au contraire le monde réel, les objets et personnes du quotidien.


La grande pleureuse. Ecole germanique XXème

- Enfin, un troisième critère, plus difficile à cerner, peut venir affiner la notion de la période historique : il s’agit du style ou du mouvement auquel appartient l’oeuvre. On parle alors d’Ecole orientaliste, romantique, troubadour, néo-impressionniste…

Les indices suivants permettent de cerner ces Ecoles:

  • le sujet de l’œuvre (ex: des chevaux arabes pour l'orientalisme)
  • la manière de peindre (ex: la rugosité de la touche de l'Ecole de Paris)
  • ou encore la façon de traiter la lumière (ex:les touches vibrantes de l'Impressionisme) .


La Seine au point du jour entre Sèvres et Meudon. Ecole de Paris

Lorsque l’on va plus loin, on réussit parfois à identifier pour les Ecoles d’avant le XXème, des artistes suiveurs d’un peintre connu. On parle alors d’Ecole de l’artiste X.


Campagne vénitienne. Ecole de Francesco Zuccarelli

Quelle valeur pour une Ecole ?

Les Ecoles mêmes si elles ne sont pas « estampillées » de la signature d’un artiste reconnu ont une valeur artistique et une cote qui dépend de leur qualité. Des fourchettes existent sur le marché de l'art en fonction des diverses périodes, de l'état et de la qualité des oeuvres.
Il faut donc regarder et juger les Ecoles pour leur charme et leur accomplissement artistique.

Une autre démarche consiste à essayer de percer le mystère d'une Ecole en déterminant son véritable auteur.
L’Histoire est pleine de réattributions prestigieuses p
our les Ecoles non signées surtout datant d’avant le XIXème, période à laquelle les artistes signaient rarement leurs œuvres (article en cours sur le sujet). Mais si on peut retrouver un Van Gogh non signé dans un grenier, il ne faut pas rêver et faire beaucoup de recherches. Il y a toujours des batailles d’experts autour des attributions d'Ecoles à des grands artistes.

Quant les Ecoles sont signées par un peintre méconnu, il faut s'interroger sur les raisons du flou qui entoure l'artiste. C’est peut-être du à une lacune dans la transmission des informations. Les peintres russes émigrés, dont les oeuvres étaient vendues avant la chute de l’Union Soviétique sous l’étiquette d’Ecole russe, sont maintenant identifiés et dotés de cotes importantes. Avoir une bonne surprise est quand même rare à moins de décider de rechercher les informations sur l’artiste et de lui redonner une réputation soi-même. 


Ecole orientaliste. Oeuvre préparatoire d'un tableau d'Henri Régnault

Il y a également le cas particulier des œuvres préparatoires. Ce sont des œuvres réalisées par l’artiste pour préparer un projet de tableau. Ces esquisses, détails ou versions différentes d'une oeuvre finale ne sont pratiquement jamais signés car les oeuvres préparatoires ne sont par essence pas considérées comme abouties par l’artiste. Néanmoins une œuvre préparatoire d’un grand artiste peut avoir beaucoup de valeur.
Avec du flair et des connaissances, on peut retrouver des belles attributions. Visiter les musées en s’imprégnant du style, de la manière et des sujets des différents artistes peut par exemple aider à retrouver des similitudes et à relier une toile connue et une Ecole du XIXème qui en serait l'œuvre préparatoire.