Regards contemporains sur l'abstraction

Que pensent les artistes de la place que prend l'abstraction dans le panorama actuel de la création artistique?
Voici quelques exemples d’artistes vivants qui montrent la diversité qu’a prise l’abstraction actuelle, encore plus complétement libérée des manifestes des fondateurs :

  • Cédric Teisseire :

Il vit et travaille à Nice, où il est co-fondateur de La Station ; il expose en France, Allemagne, Autriche...


Pillow, 2008, tec mixte
(courtoisie C.Teisseire)

Cédric Teisseire explore la matérialité de la peinture et son processus de création ; c’est un héritier de Support-Surface.

Ainsi écrit-il : "les trois questions qui préoccupent n’importe quel peintre sont : quoi mettre, où et quand s’arrêter ?" [La peinture des autres, Jean-Michel Spreux]
 

  • Kim En Joong

Né en Corée, fils de calligraphe, travaille à Paris et Vence ; Père dominicain depuis 1970 ; il expose dans le monde entier et a crée les vitraux du Prieuré de Ganagobie en Haute Provence.
L’abstraction-lyrique de Kim En Joong est empreinte de mystère :

 "le monde est envahi d’images de figuration de toutes sortes"... ; il est "contaminé par l’image... ; tout est figuratif et il n’y a plus de place pour le mystère ; moi j’aime le mystère, je cherche un monde de mystère et je l’exprime dans ma peinture"


ST, 2009 (courtoisie En Joong)

- "je ne peins pas des choses rationnelles... mais des sensations"... "ce n’est pas la peine d’être un intellectuel pour comprendre ma peinture"
-
"expliquer sa peinture, quel supplice ! La sensation intime ne s’exprime pas, elle se vit ; n’expliquons rien, laissons sentir..." [extraits de "Kim En Joong, : Fragments d’un Monde Inconnu", Ed.Cerf, 96]

Voir aussi ses vitraux à la Chapelle Diocèse d’Aire et Dax

 

  • Jean-Marc Bustamante

Il a représenté la France à la Biennale de Venise 2003 ; son œuvre a été montrée dans tous les grands lieux d’art d’Europe ; il enseigne aux Beaux Arts.

Jean-Marc Bustamante a développé dans sa série Panorama une technique qui l’a conduit à l’abstraction à partir de dessins crayonnés sans but, au feutre sur papier, qu’il a très fortement agrandis, puis reportés et sérigraphiés sur pexiglass.


Panoramas, sérigraphie sur plexi, 1999
(courtoisie J-M. Bustamante)

 

Partant donc d’un geste presque hasardeux, il s’est distancé encore plus de la réalité : les chemins qui mènent à l’abstraction contemporaine sont libérés du dogmatisme des années fondatrices
 

  • Gérard Traquandi

les tableaux de Gérard Traquandi sont clairement abstraits, mais l’argument d’une exposition d’oeuvres de 2008-09 vient troubler cette évidence, car ils sont présentés comme une "expérience autour de la notion d’empreintes"... or par définition une empreinte est concrète, comme celle d’une patte dans la terre ou celle issue d’un rayonnement.


ST, huile, technique mixte, 2009
(courtoisie G.Tranquandi)

Il s’en explique : lassé de traduire ses gestes directement sur la toile, l’idée lui est venue de passer par un intermédiaire, pour mettre un degré de liberté entre le geste et la toile : un filtre est interposé qui, peint et une fois retiré, laisse des traces sur la surface préalablement préparée que sont ces fonds presque monocolores, mordorés, subtils, rayonnant discrètement, qui sont signature de l’artiste.
Ainsi la notion d’abstraction est indépendante de la façon de peindre.