Abbé Morel artiste peintre 1908-1991

Maurice Morel

Française
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1908–1991

Maurice Morel est un artiste peintre français non figuratif né en 1908 qui consacra son œuvre aux arts sacrés.

Il n'y a pas d'art sans sacré

Né à Ornans en 1908, dans la patrie de Gustave Courbet, Maurice Morel manifeste très tôt une double vocation : artistique et sacerdotale. Le jour de sa première communion, il découvre le musée des Beaux-Arts de Besançon, événement fondateur qui le conduit à unir définitivement foi et création. À Paris, il étudie à la fois la théologie et l’histoire de l’art, et fait des rencontres décisives : Max Jacob devient son mentor et l’introduit dans les cercles artistiques d’avant-garde ; il noue aussi des liens profonds avec Georges Rouault, Picasso, Braque, Matisse, Eluard, Jouhandeau, Claudel.

Le "Curé d'Art"

Ordonné prêtre en 1934, il organise dès 1933 l’exposition “Art moderne d’inspiration religieuse” à la galerie Lucy Krohg, réunissant des artistes tels que Derain, Foujita, Utrillo, Rouault, et même Picasso. Parallèlement à sa vie ecclésiastique, il dirige un atelier de peinture chrétienne avec Jean Bazaine et milite pour un art sacré pleinement inscrit dans les mutations esthétiques du XXe siècle. Son engagement critique et intellectuel s’affirme avec éclat à la Libération, lorsqu’il devient  conférencier. Il est célébré notamment pour sa conférence de 1946 à la Sorbonne consacrée à Picasso, qui attire des milliers d’auditeurs. C’est alors que le Canard Enchaîné le surnomme le “Curé d’art”.

Le vitrail

Dès les années 1940, l’abbé Morel joue un rôle clé dans l’ouverture progressive de l’Église à l’art moderne. Il encourage les premières commandes de vitraux non figuratifs, notamment à Alfred Manessier pour l’église des Bréseux. En 1957, le pape Pie XII le mandate pour poser les bases d’une collection d’art contemporain au Vatican. L’inauguration de la section d’art moderne des musées du Vatican en 1973, sous Paul VI, consacre cette œuvre diplomatique, intellectuelle et spirituelle.

Un œuvre consacré au mystère chrétien

Sa propre peinture, longtemps restée en retrait, s’affirme à partir des années 1950. Nourrie de spiritualité, elle se rattache à la Nouvelle École de Paris (dite aussi Seconde École de Paris) aux côtés de Bazaine, Manessier, Bertholle ou Le Moal, tout en conservant une voix singulière. Loin de l’abstraction pure, Morel parle d’une peinture « non figurative et pourtant concrète », cherchant à exprimer « ce qui ne peut se dire », l’élan de la foi, la lumière comme passage vers le divin.

Il utilise souvent des matériaux pauvres et de petit format, cartons de récupération, chutes de papiers. Ce choix de formats modestes renforce l’intériorité d’une œuvre contemplative, méditative, animée par un “grand appétit de couleurs” hérité de l’enfance. 

Vers la lumière

Il se consacre à la fin de sa vie à des travaux de vitraux et de tapisseries pour des lieux de culte, poursuivant son idéal d’un art sacré sans concession.

Décoré par André Malraux en 1968 pour le rayonnement culturel de son action, Maurice Morel s’éteint à Paris en 1991 après une retraite marquée par la maladie, mais fidèle jusqu’au bout à la peinture. Il laisse une œuvre fervente, synthèse de la modernité artistique et de la tradition mystique.