Jean Piaubert

(français 1900 - 2002)
Jean Piaubert 1972 Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

                       « un art prophétique, intransigeant, altier, chargé simultanément de confidences, de visions, de nostalgies et de songes." Elgar

 

 

Jean Piaubert est un artiste plasticien abstrait né en Gironde en 1900. Il pratique la peinture, la sculpture, la gravure, la lithographie et l’illustration, sans oublier la tapisserie et le décor de théâtre.

 

Son œuvre est structurée dans le temps, au cours des évolutions successives d’un artiste toujours en recherche et approfondissement.

 

Jean Piaubert est né dans une famille de viticulteurs bordelais et sn œuvre est marquée par le rapport à la terre, par la nature et par l’exigence envers soi-même.

 

Formation et débuts.

 

Dès l’âge de 18 ans, Jean Piaubert s’inscrit à l‘Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux et finance ses études en travaillant dans un atelier de décors de théâtre.

Il profite de l’interruption du service militaire pour rompre avec son environnement girondin et s’installe à Paris en 1922.

Il travaille à compléter sa formation dans les ateliers de Montparnasse, notamment à la Grande Chaumière, et découvre l’abstraction au contact des artistes russes d’avant-garde. Il réalise des tissus pour Paul Poiret, ainsi que des maquettes de théâtre.

Ses premières toiles exposées à la galerie Zack en 1932 sont pourtant figuratives. Elles sont bien accueillies, avec un achat de l’Etat, et lui permettent de participer au salon des Tuileries.

Mais Piaubert reste insatisfait et décide de s’isoler, à partir de 1935, pour trouver l’expression artistique dont il ressent le besoin. Il a alors la même expérience de Kandinsky : c’est la vue d’un tableau posé à terre et caché en partie qui lui montre que les lignes et les formes comptent plus que le sujet représenté. Dès 1937, il pratique une abstraction très personnelle, encore rattachée au sujet mais où la forme acquiert de plus en plus la prééminence.

Pendant la guerre de 1939-1945 (il est démobilisé en 1940), il approfondit cette nouvelle direction et abandonne définitivement la représentation.

 

Réalités Nouvelles et Denise René

 

Dès la fin du conflit, il participe à l’aventure de l’abstraction de la Deuxième Ecole de Paris. Lors du premier salon des Réalités nouvelles 19 juillet 1946, Piaubert rejoint Arp et Pevsner au sein du comité d’organisation. Il expose aux Réalités Nouvelles régulièrement jusqu’en 1952. En parallèle, il expose au Salon de Mai et aux Indépendants.

Piaubert fait tout d’abord partie des protégés de Denise René. La galeriste lui offre sa première exposition personnelle en décembre 1947. La préface de Charles Estienne au catalogue s’intitule « Piaubert ou l’aventure intérieure ». En 1949 le musée national d’art moderne lui achète une « composition abstraite ».

Piaubert participe ensuite à toutes les expositions de groupe de la galerie Denise René jusqu’en 1950.

Après son départ de chez Denise René, Piaubert ne reste plus fidèle à un seul galeriste, mais à chaque évolution stylistique, change de lieu d‘exposition.
 

Du Signe à  l'émotion
 

La rencontre avec Jean Cassou marque un  tournant dans l’œuvre de Piaubert. L’artiste recherche une plus grande rigueur, tout en abordant la forme comme une voie, une route vers les émotions. Les lignes très structurées s’arrondissent et le thème des planète apparaît.

Piaubert illustre à la demande de Jean Cassou ses XXXIII sonnets composés au secret que l'écrivian  a publié en 1944 sous le pseudonyme de jean Noir. Les superbes illustrations très intériorisées, qui demandent à l'artiste un an et demi de travail, sont exposées à La Hune et remportent en 1951 la médaille d’or de la IXème triennale de Milan. Les toiles issues de cette recherche sont exposées chez Bing, et Cassou fait paraître à l’occasion une monographie sur Piaubert. La toile Solstice est acquise par le Musée d’Art Moderne de Paris.

Nouveau tournant à partir de 1952, lors de voyages en Grèce et en Turquie  et en Asie mineure (1952,1957 et 1953. L’abstraction devient pour Piaubert le moyen exprimer ses émotions face au réel, aux paysages découverts. Il sort de cette expérience une séries de toiles, dont l'une d'entre elles, Delphes, est achetée par le Guggenheim de New York. Cette période se clôture avec une série de lithographies illustrant le Voyage en Grèce de Sorensen.

En 1958, c’est la consécration. Jean Piaubert rejoint la galerie Creuzevault, qui exposa avant lui Marx Ernst, Poliakoff et Antoni Clavé. Il est exposé simultanément dans plusieurs musées européens : Le palais des Beaux-Arts de Bruxelles, celui de Charleroi, le Kunsforeningen de Copenhague ainsi qu’à Anvers.

 

La peinture métaphysique

 

En 1961, Piaubert sent qu’il doit dépasser le monde des formes et le prolonger dans une direction nouvelle. C’est à ce moment qu’il se passionne pour les matières et travaille le sable intégré à la préparation de la toile.
Cette nouvelle direction l’absorbe tant qu’à partir de 1967, il cesse tout autre mode de relation à la toile.

Piaubert est alors un des peintres majeurs de l’abstraction française. Il expose dans le monde entier. Son apport à l’aventure de l’abstraction est alors théorisée sous la dénomination de « Peinture Métaphysique ».
 

Chemins de traverse
 

Jean Piaubert continue à développer à côté de ses peintures, les voies d’expression artistique qui lui sont chères, l’illustration de livres et la tapisserie.

Piaubert travaille pour les tapisseries d’Aubusson à partir de 1954. Il réalise plusieurs cartons où le thème des planètes est récurrent.

Quant à l’illustration, c’est le rapport entre la peinture et la poésie qui le passionne, et il illustre Saint-John Perse et Saint-Exupéry.

 

Piaubert meurt en 2002.

Ses œuvres se trouvent dans les musées d’art moderne du monde entier.

 

 

Illustration: Exposition Piaubert 1972 musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Bibliogaphie :
François Pluchart. « Piaubert ». Le musée de poche Ed G.Fall 1966
Pierre Cabanne « Jean Piaubert » Editions de l’Amateur 1991
Jean-Marie Tasset « Piaubert 1987-1989 » Editions Fragments.1989
Frank Elgar
Piaubert, l'Univers prophétique, Éditions Sorensen, 1957.