Technique : 
Support : 
Papier contrecollé sur carton. A noter une déchirure restaurée en haut de l’oeuvre
Dimensions : 
Pleine page 20 cm x 31 cm ;fenêtre d’encadrement : 17,2 cm x 26,4 cm, cadre: 49x37cm
Inscription : 
Signé Laurent-Gsell en bas à gauche. Sous le dessin, au crayon, annotation : page 148, d’une main impatiente, Hyppathia arracha le vêtement qui la couvrait.
Etat de l'œuvre : 
Bon. Déchirure restaurée en haut de l'oeuvre.
Domaines : 
Période : 
800€
650 €
L'œuvre

Une jeune femme au port impérial et au corps sculptural se dépouille de ses vêtements avant de se baigner. Face à une esclave noire dispose peignes et onguants sur le sol.

Graphite, encre et gouache blanche. Dessin original réalisé pour illustrer la page 148 d'un roman non identifié.

Orientalisme.

Oeuvre d'art du XIXème siècle.

Qu'en dire ?

L'exposition Le Modèle noir, de Géricault à Matisse à Orsay donne à ce dessin un nouvel éclairage.

Cette oeuvre nous apporte plus que le raffinement dont fait preuve l'artiste à la fois dans sa composition et dans sa technique
Elle est un témoignage de la vision si particulière que le XIXeme siècle porte sur les femmes et sur les hiérarchies sociales.

Comme on peut s'y attendre, la servante est noire et sa maîtresse blanche.
Tout dans ce dessin est construit pour que le regard se dirige sur l'héroïne de la scène et admire la nudité du modèle blanc. La servante assise est là pour faire contrepoint. Assise et le regard levé, elle met en valeur la candeur et le port érigé d' Hyppathia.

L'artiste joue sur la façon de traiter les deux corps : il utilise la transparence du papier pour l’héroïne, et réserve l’opacité de la gouache pour la servante. Il y a là une représentation tout à fait claire de la hiérarchie entre les deux femmes. La supériorité de la blancheur, que veut suggérer l'artiste à l'intention de ses acheteurs blancs et fortunés, est affirmée par la lumière qui baigne ce dessin autant que par la posture des deux sujets.

Mais cette oeuvre recèle plus d'ambiguité qu'une simple représentation de hiérarchie sociale, sinon " raciale".

Cette belle jeune femme à la peau diaphane qui donne l'impression de s'appreter pour des moments voluptueux est la représentation d'une des plus réputées femmes de sciences de l'Antiquité

Pourtant, cette femme reconnue pour ses connaissances scientifiques se retrouve, pour le plaisir du spectateur masculin, transformée en quasi odalisque avec une esclave noire à ses pieds, selon les codes fantasmatiques qu'évoquaient au XIX eme siècle la vision d'un corps de femme nu

Il y a dans ce dessin, en filigranne, une affirmation de la supériorité masculine dont étaient convaincus à l'époque et l'auteur et les spectateurs/regardeurs de ce dessin à l'éxécution parfaite.

Il y a plus encore.  Hyppathiaf ut mise à mort pour avoir pratiqué des activités réservées aux hommes : mathématiques et chirurgie. Une foule en colère s'est emparé d'elle et l'a dépouillée de force de ses vêtements. Pour l'humilier par l'exposition de sa nudité avant de l'exécuter.

L'artiste , en représentant la fière nudité d'Hyppathia  dans l'intimité de sa demeure, laisse planer l'ombre du destin...

 

Pour en savoir plus sur Hyppathia, voici le texte intégral d'Hypatie d'Alexandrie, entre réalité historique et récupérations idéologiques

 

L'artiste

Laurent-Gsell

Lucien

Lucien Laurent-Gsell, né le 19 novembre 1860 à Paris et mort en 1944, peintre et illustrateur français.

Son père Gaspard est renommé pour ses vitraux d’art (Eglise de l’Isle-Adam) et la qualité de ses restaurations.
Le nom de Laurent accolé à Gsell est le nom de sa mère, fille d’Emile Laurent, célèbre maître verrier.