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Château d'Oex
Signé, daté et titré en bas à gauche. Envoi à Madame Pouplard
Le village suisse de Chateau d'Oex se niche sous d'imposants sommets alpins. Ce tableau est encadré d'une caisse américaine noire et présenté en accrochage avec Paysage abstrait rouge et bleu, une aquarelle de Jean-Claude Jappé.
Organiser le paysage en plans lisibles, simplifier les volumes, privilégier l’harmonie colorée au réalisme anecdotique, voilà quel était le but de Georges Tranchand en peignant ce tableau. Sous le bleu du ciel, la composition est bâtie en trois registres nets : un premier plan avec un cabanon brun posé sur la pente ; un large plan médian alternant prairies et bosquets ; enfin, un arrière-plan dominé par les masses minérales de la montagne, traitées en grandes facettes blanches et grises. Le village, groupé au centre, sert de pivot à la composition : ses toitures rougeoyantes répondent au cabanon du bas et accentuent la luminosité des verts.
Cette géométrie simple, architecturale, donne au paysage une cohésion sans rigidité.
La palette se concentre sur un camaïeu de verts (anis, laurier, mousse) rompu par des bleus laiteux et des ocres atténués. Les rares accents saturés — le cabanon, quelques toits — structurent la scène.. Le ciel occupe une bande restreinte ; la lumière vient latéralement, sans contrastes crus, ce qui renforce l’unité tonale.
Le rôle du cabanon au premier plan est double : aporter l’échelle humaine et servir de référence chromatique.
Tout est orienté vers la justesse d’ensemble plutôt que vers l’accumulation d’effets.
Par la clarté des coloris et la rigueur de sa construction, ce tableau montre un Georges Tranchand déjà sûr de sa voie : un peintre qui transpose la rigueur apprise au dessin et à la gravure dans un paysage construit, lisible et harmonieux, où le motif naturel devient architecture.
Il illustre aussi la manière dont Georges Tranchand s’inscrit dans l’esprit des années trente. Cette décennie, qui se caractérise par une recherche de clarté, d’équilibre et de monumentalité, touche aussi bien la peinture que l’architecture ou les arts décoratifs.
Tranchand reprend à son compte cette esthétique. Les plans horizontaux sont parfaitement ordonnés. Chaque élément se détache nettement, comme dans un panneau décoratif. Cette hiérarchisation permet aux artistes des années 1930 de donner au spectateur des images solides et stables, où l’œil ne se perd pas.
La simplification des formes, la réduction des détails au profit de la structure correspond au goût nouveau pour les formes essentielles, qu’on retrouve aussi dans la sculpture monumentale ou dans la peinture murale. On pense à la manière dont les peintres décorateurs de l’Exposition internationale de 1937 comme Raoul Dufy jouaient sur l’harmonie colorée et la rigueur géométrique.
Ce paysage ordonné montre comment Georges Tranchand, jeune peintre encore proche de son père, se détache de l'influence paternelle pour faire sienne l’esthétique constructive et décorative des années trente, en adaptant la grammaire de l'art déco à un paysage alpin.