Maurice Blond
Un avenir russe
Maurice Blond, de son vrai nom Moïse Blumenkrantz, naît en 1899 à Łódź, alors dans l’Empire russe. Issu d’une famille juive éclairée, il grandit dans un environnement cultivé où les arts tiennent une place essentielle : son père, marchand de textiles, est aussi un grand amateur de peinture. Dès l’âge de douze ans, ses dons sont remarqués. Une aquarelle de son enfance est exposée au musée de Kiev en 1911 .
Pendant la guerre civile russe, il poursuit des études de sciences naturelles à l’université de Varsovie, tout en suivant les cours de l’Académie des Beaux-Arts. Pour subvenir à ses besoins, il donne des cours particuliers de mathématiques. Le jour, il dissèque des organismes ; le soir, il remplit ses carnets de croquis. Le rapport entre rigueur scientifique et sensibilité artistique marquera toute sa peinture.
Paris et Montparnasse
En 1923, il quitte la Pologne et gagne Berlin, carrefour cosmopolite d’artistes russes, juifs, allemands. C’est là qu’il rencontre Isaac Mintchine et Kostia Terechkovitch, qui resteront des amis proches. L’année suivante, il rejoint Paris, où il s’installe à la Cité Falguière, haut lieu de la bohème montparnassienne. Il y fréquente les peintres de l’émigration russe : Michel Larionov, Natalia Gontcharova, Léon Zack, Pinchus Krémègne, mais aussi Max Jacob, à qui il restera très attaché. Il épouse la langue française sans renier son accent.
Maurice Blond expose pour la première fois à Paris en 1929, à la Comédie des Champs-Élysées. Son travail attire alors l’attention de quelques critiques qui soulignent sa manière de mêler géométrie cubiste et inspiration lyrique. En 1931, il devient l’un des principaux animateurs de la revue Tchisla, publication artistique et littéraire fondée par le poète Alexandre Kojève et le critique Boris Poplavsky. À travers cette revue, il défend une idée de l’art comme vecteur d’intériorité et d’élévation, contre les dogmes esthétiques du moment.
Une peinture transformée par la guerre
Mobilisé volontairement en 1939, il est démobilisé quelques mois plus tard. Il trouve refuge en zone libre, dans une ferme du Vaucluse, où il vit dans la pauvreté, mais en profonde communion avec la nature. Cette expérience rurale, loin de tout, influence durablement son regard : à son retour à la peinture, ses toiles se peuplent de scènes silencieuses, de fenêtres ouvertes, de figures contemplatives, de fruits posés dans la lumière. À la Libération, il s’installe à Grenoble, puis revient à Paris, rue Delambre, dans l’atelier qu’il ne quittera plus.
Il expose régulièrement dans les années 1950 et 1960 : galerie Zak (1950), galerie Weil (1954), galerie André Weil (1960), galerie Vendôme (1962), galerie Jacques Casanova (1968). À Londres, la Crane Kalman Gallery lui consacre plusieurs accrochages dès 1958. Il est aussi représenté dans les années 1970 par la galerie Weltsch de Zurich. À Paris, il participe au Salon Comparaisons et au Salon d’Automne.
Couleur et formes
Dans sa dernière période, il privilégie le dessin et le pastel, explorant des formes simplifiées aux couleurs éclatantes. Il revient sans nostalgie à des thèmes familiers — la chaise, la table, le violon, la figure double — qu’il traite comme des archétypes poétiques. L’œuvre s’épure, gagne en lumière, mais devient intensément habitée. Il meurt à Clamart en 1974, dans une relative discrétion.
Ses œuvres figurent aujourd’hui dans plusieurs collections publiques : le Cabinet des Estampes de la BnF, le musée d’art de Kiev, la Ben Uri Gallery à Londres, la Wolverhampton Art Gallery, ainsi que dans de nombreuses collections privées en France, en Suisse, au Royaume-Uni, en Israël et aux États-Unis.