Georges Hugnet
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Devise que Georges Hugnet fit figurer sur son ex-libris
Georges Hugnet est un artiste complet : il fut peintre et poète, illustrateur, relieur et sculpteur, mais aussi photographe, cinéaste et éditeur. Sans oublier scénariste, acteur, historien d'art et dramaturge.
Les premières années
Georges Hugnet est né en 1906 dans le faubourg Saint-Antoine, où son père possédait une importante maison d'ébénisterie et de décoration. Il a grandi dans une ambiance artistique, où la recherche de l'esthétisme et du bel ouvrage était une valeur déterminante. Il passe ses premières années à Buenos Aires puis, en 1913, revient à Paris et fait ses études au lycée Louis le Grand puis au lycée Jeanson de Sailly. Ses parents se séparent et le jeune homme suit sa mère rue de Grenelle, dans le même immeuble que Jouhandeau.
Dix-neuf ans, l’année des rencontres
Georges Hugnet a alors dix-neuf ans, il écrit des poèmes et aime la vie nocturne. Jouhandeau l'encourage à se lancer dans la poésie et l'introduit dans le monde littéraire.
C'est la rencontre avec Max Jacob, grâce à Jouhandeau, en 1925, qui détermine l'avenir du jeune homme. Max Jacob le soutient, l'encourage à montrer ses œuvres à Cocteau.
Cocteau et Hugnet se lient d'amitié, le jeune homme rappelle au poète confirmé cet autre "enfant inspiré" Raymond Radiguet et Hugnet bénéficie du soutien de Cocteau dans sa jeune carrière.
Toujours grâce à Max Jacob, Hugnet est introduit auprès de Bérard mais aussi de Robert Desnos, de Marcel Duchamp et de Pablo Picasso et de Man Ray. Tous ces artistes seront les illustrateurs des poèmes de Georges Hugnet.
Poète publié et surréaliste
En 1928, Hugnet publie ses premiers poèmes, avec des lithographies de Max Jacob Hugnet se passionne pour le mouvement Dada et écrit plusieurs articles historiques qui se terminent par une publication en 1932 dans les Cahiers d'Art de Christian Zervos. Il fréquente les milieux russes émigrés d'avant-garde à paris et se familiarise avec les collages et les accumulations d'objet constructivistes qu'il réincorporera dans son œuvre. Il écrit, tourne et joue en 1929 dans un film profondément original avec comme actrice principale la jeune artiste russe Kissa Alexandrovna Kouprina (fille de l'écrivain Alexandre Kouprine). La Perle ne reçut pas l'intronisation de Breton comme œuvre surréaliste, mais Hugnet y déploie une inspiration que le maître aurait du savoir reconnaître.
André Breton demande à rencontrer Georges Hugnet et l'accueille dans son mouvement à partir de 1933.
En 1939, Breton expulse Hugnet du mouvement surréaliste : le poète est coupable d'avoir conservé son amitié à un autre poète ostracisé, Paul Éluard.
Artiste peintre tout autant
À côté de ses relations surréalistes, Georges Hugnet rencontre Gertrude Stein et Anna de Noailles et évolue au sein de leurs groupes d'amis et d'artistes. Il écrit/traduit un poème avec Gertrude Stein mais surtout, complète ses écrits par une activité, qu'on pourrait qualifier d'artiste plasticien avant que ce mot n'apparaisse. Il peint, compose des collages, d'étranges livres objets, des accumulations de bois flottés, etc. Il crée ainsi un univers harmonieux et poétique, où l'influence de Dada est visible.
Il est en même temps éditeur, ayant créé Les Éditions de la Montagne, que le rationnement du papier du à l'Occupation allemande fera sombrer. Il dirige et édite une revue littéraire L'Usage de la Parole.
Résister par les mots
Pendant la deuxième guerre mondiale, Georges Hugnet est un résistant . Plus que par les armes, c'est avec et à travers l'art qu'il résiste. Sous le nom de Malo le Bleu, il écrit des poèmes dont l'un d'entre eux sera publié dans la mythique édition l'Honneur des poètes. Georges Hugnet s'installe officiellement comme libraire dans des vacants dépendant de la galerie Jeanne Bucher. Il en empêche ainsi la réquisition par les Allemands. Parallèlement, il écrit et compose de nombreux tracts dans son imprimerie clandestine, ainsi que des faux papiers destinés aux résistants et aux juifs fuyant en Espagne. Sa maison d'édition clandestine deviendra après la guerre Les Éditions de Minuit.
La liberté et l’agression
Après la guerre, Georges Hugnet connaîtra des années d’accomplissements. Il continue à écrire et à créer, mais aussi il reçoit les témoignages d'une reconnaissance bien méritée. Son deuxièmes mariage, en 1950 avec Myrtille se déroule place des Etats-Unis, chez Anna de Noailles. Puis paraîtront des recueils de son œuvre poétique et, en 1961, une grande exposition de collage intitulée de l'Image lui permet d'exprimer ses certitudes artistiques.

Geoorges Hugnet en 1948, avec Jean Cocteau
Mais en 1962, il est victime, avec sa femme et son fils Nicolas, d'une agression menée par un commando de trois surréalistes qui n'avaient pas aimé un de ses articles. L'année suivante, le procès pour coups et blessures qui s'ensuit marquera profondément Georges Hugnet, ainsi qu'il sonnera, comme le remarque Alexandre Marre, le glas du mouvement Surréaliste.
Les décalcomanies
Vers les dernières années de sa vie, Georges Hugnet donne une importance particulière à un mode de création qu'il avait élaboré au milieu des années trente avec son ami et peintre surréaliste Oscar Dominguez. Il s'agit de ce qu'il nomme les décalcomanies, un mode de peinture automatique utilisant les coulages de couleur sur papier, un prolongement des dendrites de Georges Sand mais conçues pour exercer sur le spectateur/regardeur un profond effet hypnotique, comme des images de Rorschach. Les décalcomanies des années 30 sont noires, faites à l'encre de Chine. Celle de la fin des années soixante et du début des années soixante-dix sont brillantes, colorées, inventives. Une réelle plongée dans un esprit animé par la joie d'exister.
En 1974, une crise cardiaque aura raison de la vitalité de Georges Hugnet. Il est enterré à Saint-Martin en Ré. Illustration : Georges Hugnet en 1928, portrait par Sir Francis Rose, vendu chez Christie's le 1er décembre 2015