Napoléon Bonaparte : un seul homme, une profusion d’appellation. Le Petit Chapeau faisait référence au bicorne de cuir bouilli qu'il affectionnait. Le petit Tondu rappelait la gale qu'il avait rapportée de la campagne d’Égypte. Mais il y avait aussi l’Aigle, le Sultan de feu… Et n'oublions pas, parmi ses détracteurs, les références aux pertes immenses en hommes qui lui valurent le nom de Boucher d’Eylau, le Fléau des générations…
Napoléon Ier a suscité et suscite toujours un mélange d’émotions les plus diverses. La création artistique se nourrit de ces émotions, depuis l’Empire jusqu’à nos jours, et entretient ainsi la légende napoléonienne. Cette exposition virtuelle se consacre aux sentiments intenses suscités par la personne et les actes de Napoléon Bonaparte.

 

Les combattants de l'armée napoléonienne

Général de l'Armée révolutionnaire

Le général Bonaparte est une figure marquante du tournant de l’aventure révolutionnaire, au moment où les forces armées se disciplinent et s’organisent autour d’une politique de conquêtes. On voit se répandre spontanément des gravures aux coloris vifs que les colporteurs diffusent dans les campagnes. Elles permettent à chaque foyer de connaître les uniformes portés, qui par le fils, qui par le cousin, qui par le fiancé, sur les champs de bataille de l’Europe.

Ce général arbore avec fierté le tout nouvel ordre de la Légion d’honneur que l’Empereur vient de lui remettre au Camp de Boulogne. C’est une des premières grandes manifestations de l’Empire. Recevoir cette médaille symbolise la fierté d’appartenir à la Nation et d’être distinguée par elle.

À regarder en écoutant : Le chant du départ

Général en campagne

Les gravures aquarellées de la deuxième édition du livre suscité représentent les uniformes de toutes les armées de Napoléon. De l’armée républicaine conduite par le général Bonaparte jusqu’à l’armée impériale de 1812.
L’uniforme du général représenté ici est identique à celui que Napoléon porte à lui-même lors de sa folle démonstration de courage au pont d’Arcole.

À regarder en écoutant : la Marche des grenadiers

Les guides interprètes

Dans la même série de gravures populaires, celle du guide interprète témoigne de la certitude qu'avait Napoléon de réussir à envahir l’Angleterre.

Préparer un corps de cavalerie légère pour les opérations de reconnaissance n’était pas suffisant. Napoléon destine également ce corps au contact avec la population et le formant à l’interprétariat de la langue anglaise. Il savait la force armée vouée à l’échec si elle n’était pas complétée par les mots.
Détenteur de la Force et du Verbe : voilà l’Empereur que la légende napoléonienne a restitué.

À regarder en écoutant la Marche Consulaire

Les fidèles mamelouks

Les mamelouks se sont engagés dans leur premier combat d'envergure à Austerlitz. Par leur courage, ils brisent la charge de la garde impériale russe.

Les gravures de l'histoire napoléonienne montraient qu'on trouvait au sein de l’armée française toutes les nations. Dans les régiments de Napoléon servaient aussi bien des Suisses que des mameluks égyptiens sans oublier bien sûr les lanciers polonais.

À regarder en écoutant : On va leur percer le flanc. Marche d'Austerlitz

L'Armée d'Egypte

Ces gravures* avaient pour but de témoigner de la capacité d’adaptation de l’armée française à toute forme de combat, y compris à dos de dromadaire.

À regarder en écoutant : Le pas redoublé de la garde impériale

La campagne de Russie

Marie-Louise devient régente des Français

Cette gravure dans son cadre doré à l'or fin est un bijou de stratégie de communication impériale.
En 1812, Napoleon, acculé par la politique délibérément hostile du tsar Alexandre Ier, n’a plus d’autre choix que d’envahir la Russie. Les alliances entre l’Empire russe, l’Autriche, et la Prusse lui sont défavorables alors qu’il a le plus grand besoin de la neutralité des souverains européens. Un seul espoir lui reste pour les convaincre : jouer la carte de Marie-Louise qu'il nomme régente pendant son absence.

Cette gravure, destinée aux alliés d’Alexandre Ier, montre une femme douce et délicate, au corsage orné de fleurs aussi fraîches que sa charmante figure. En montrant ce visage docile et radieux, immortalisé par un des plus habiles dessinateurs officiels de l’époque, Napoléon espère rappeler aux souverains qu’il est du côté de la paix. Qu’il est un de leurs cousins par mariage et qu'il ne veut pas la guerre. La légende de la gravure est en anglais. Napoléon positionne le titre de Grande-Duchesse d’Autriche avant celui d'Impératrice de France. Il veut ainsi suggérer que, pour l’Autriche, attaquer la France revient à attaquer sa propre famille.
Napoléon confie la régence à Marie-Louise. Il souligne ainsi qu’il laisse la responsabilité de l’Empire français à un membre de la noblesse européenne.

À regarder en écoutant : 3ème marche pour le mariage de Napoleon et Marie-Louise. 1810.

Le début de la fin

Ces croquis sont pris sur le vif. Survivre à l'hiver russe était encore facile. Chevaux et équipements sont bien entretenus. Les cavaliers n'ont pas encore perdu leur énergie. Le pire reste à venir...

À regarder en écoutant La marche des Bonnets à Poil

Le Grognard et le Marie-Louise, égaux face à la mort

La légende napoléonienne n’est pas seulement l’exaltation des vertus d’un homme, c’est aussi la reconstruction d’un orgueil national face à la défaite, face à la négation historique des espoirs populaires les plus intenses. Les années vécues sous l'égide du « petit Tondu » ont permis de déployer une énergie, un courage tels qu’ils sont impossibles à oublier. C’est ce qu’évoque ce dessin de Philippoteaux, exécuté au début du règne de Louis-Philippe.

Lithographié par Julien, il a été diffusé sous le prétexte d’assurer l’éducation artistique des jeunes gens. Mais c’est une autre leçon qu’il transmet. L’exemple de nos aînés, l’exemple de ces Français perdus dans l’atroce hiver russe doit soutenir et exalter en chacun les vertus de courage et de solidarité qui sont l’apanage du peuple de France.
Un homme mûr, le Grognard, réchauffe une jeune recrue, le Marie-Louise. Le fort protège le faible. Mais cette œuvre est aussi une allégorie : le peuple français représenté par le vétéran, a permis à la jeunesse de survivre. Il lui a transmis son courage et sa force, au travers de son expérience. Pour un jeune homme exalté, cette gravure ne dit-elle pas : notre pays traverse l’hiver de l’oppression monarchique. Appuyez-vous sur le courage de vos pères, reprenez des forces et qui sait ce qui pourra se passer lorsque le printemps viendra ?

À regarder en écoutant : Ouverture 1812 Tchaikovsky.

La légende napoléonienne au fil du temps

Même les héros meurent

Le retour des cendres de Napoléon en 1840, organisé par le roi Louis-Philippe, marque un point central dans l’édification de la légende napoléonienne. Ce geste de la royauté orléaniste, se voulait, et a été dans une grande mesure, garant de réconciliation nationale. Il ajoute une touche nouvelle au tableau des vertus napoléoniennes.

Un an auparavant était paru un livre marquant : L’histoire de l’Empereur Napoléon par P. M. Laurent de l’Ardèche, illustré par Horace Vernet. À l’occasion du retour des cendres, l’éditeur de ce livre décide d’en sortir une nouvelle version complétée. Elle restitue pleinement la gloire du grand Homme, celui qu’on commence alors à appeler le « Napoléon des peuples ». Cette gravure aquarellée est le frontispice de la première édition et est reprise dans la deuxième édition.

À regarder en écoutant : Marche funèbre de Napoléon

Le soleil s'était levé à Austerlitz

Certaines manifestations de la légende impériale s’apparentent presque au culte de la personnalité. Sur cette lithographie dont la disposition rappelle curieusement les chemins de croix catholique publiés à la même époque, figure le texte suivant :

«En 1805, Napoléon était à l’apogée de sa gloire ; ce fut le 2 décembre au point du jour que s’adressant à son armée par cette brève allocution, il dit : Soldats il faut finir cette campagne par un coup de tonnerre. Les braves s'élancent, en un clin d’œil l’aile droite est culbutée mais les réserves arrivent, les Russes et les Autrichiens font des efforts inouïs pour ressaisir l’avantage, mais Rapp arrive avec la cavalerie de la Garde, rien ne peut résister à l’intrépidité des vétérans de l’armée. Les ennemis sont écrasés.»

À regarder en écoutant : La victoire est à nous !

Et le Petit Chapeau semble guider les ombres des héros

Entendez-vous le son des clairons qui résonne et des tambours qui sonnent la charge ? Voici venir dans les nuées le « petit Caporal » chevauchant coude à coude avec ses maréchaux. Ils sont tous là, les morts et les vivants. Ney tombé sous les balles de la Terreur blanche. Lannes et son courage légendaire. Rapp le sauveur d’Austerlitz. Murat et sa folle bravoure, sans oublier Cambronne au vert langage et le mameluk Roustang. Cet émouvant témoignage de la ferveur populaire est peint en 1856, pendant les premières années du second Empire. Il exhale un parfum mêlé de nostalgie et d’espoir. Depuis les cieux, NapolÉon et ses compagnons regardent et protègent la France enfin gouvernée selon ses vœux par son digne héritier, le fils de sa chère Hortense : Napoléon III.

À regarder en écoutant : Le rêve passe de Bérard.

As-tu connu Kléber ?

Kléber, le fougueux combattant de l'Armée révolutionnaire était un ancien cadet de l'Armée autrichienne. Il écrase la révolte vendéenne et périt assassiné en Egypte. Bonaparte l'y avait laissé à la tête de l'Armée d'Egypte, et était reparti pour commencer à Paris sa marche vers les honneurs impériaux. Kléber était détesté pour ses goûts de luxe. Il était aussi admiré pour sa bravoure. Cet homme réunit en lui seul les ambivalences et les ambiguïtés des héros de la légende napoléonienne.

À regarder en écoutant : Marche de l'oignon.

L'Homme peuple

« Voilà l'homme prodigieux dans lequel les gens de cour, les oisifs de salon et les oligarques de village, ne savaient et ne voulaient voir qu’un despote odieux et un conquérant insatiable, tandis que l’artisan, le laboureur et le soldat, dont l’instinct était plus sur que le rationalisme de ces impuissants critiques, voyaient et voient encore en lui l'Homme peuple, l’envoyé ou le protégé de Dieu, le produit le plus glorieux de l’émancipation politique du mérite et du génie, la personnification de l’esprit d’égalité qui régnaient dans l’administration et dans les camps, et qui travaille aujourd’hui la société européenne toute entière. Voilà l'homme dont le souvenir sera gardé religieusement sous le chaume, selon l’expression du plus populaire de nos poètes. »
L’histoire de l’Empereur Napoléon par P. M. Laurent de l’Ardèche

À regarder en écoutant : L'ajaccienne.

La transmission par les femmes

En plein second Empire, Napoléon III et surtout l’impératrice Eugénie rencontrent des problèmes de légitimité. Les origines espagnoles de l’impératrice, son goût pour les fêtes et les passe-droits accordés à ses familiers irritent le peuple français. Cette gravure de propagande tente de donner une image favorable de l’impératrice en soulignant sa proximité avec les deux icônes féminines de la légende napoléonienne : Joséphine, grand amour de Napoléon et sa fille Hortense, mère de Napoléon III. Hortense est représentée interprétant la chanson néogothique Partant pour la Syrie qui fut l’hymne de ralliement quand le clan clandestin des bonapartistes sous la Restauration et la Monarchie de juillet.

À regarder en écoutant : Partant pour la Syrie, 1810.

Napoléon et le XXème siècle

La légende de Napoléon brave les siècles tout comme les pyramides qu’il a gravies d’un pas conquérant lors de la campagne d’Égypte. Il est bien loin le temps où les peintres d’histoire ornaient de représentations convenues les murs des palais républicains. Loin de se diluer avec le temps, les guerres mondiales ou le recul historique, le mythe de Napoleon continue à susciter chez les artistes un grand souffle d’inspiration.

Édouard McAvoy lui consacre une série de tableaux. Il y exalte à la fois les qualités de l'homme et les valeurs qu’il représente pour nos contemporains. Tout s'imbrique et résonne dans cette œuvre foisonnante :

  • les vertus passées et leur écho actuel ;
  • l’aspect iconique d’une grande gloire française alors que les 30 Glorieuses ont hissé la France au sommet de sa puissance économique ;
  • la modernité géométrique de la représentation des pyramides antiques, sous l’éternel regard du Sphinx.


À regarder en écoutant Te souviens-tu ?