Martha Kuhn-Weber
Martha ou Marta Kuhn-Weber est une artiste plasticienne allemande née en 1903 qui s'exprime par la peinture, la sculpture, la création de poupée et la réalisation de films d'animation.
Une artiste issue de la modernité allemande
Née le 13 septembre 1903 à Sarrebruck, Martha Kuhn-Weber est issue d’un milieu artistique. Fille d’un sculpteur, elle entre dès son adolescence dans l’atelier paternel, avant de se former à la Badische Landeskunstschule de Karlsruhe à partir de 1922. Elle y suit l’enseignement de Karl Hubbuch, figure majeure de la Nouvelle Objectivité allemande, et côtoie Erwin Spuler et Anton Weber, qu’elle épouse en 1931. En 1924–1926, elle complète sa formation à l’École des Beaux-Arts de Paris, expérience déterminante dans l’ouverture européenne de son langage plastique.
Engagée dans l’avant-garde
Martha Kuhn-Weber est l’une des cofondatrices en 1930 de la revue satirique ZAKPO à Karlsruhe, aux côtés de Spuler, Hubbuch, Brand et Weber. L’année suivante, elle expose pour la première fois à la Galerie Wolfgang Gurlitt à Berlin, ville où elle s’installe peu après malgré la montée du national-socialisme, qui rend difficile toute diffusion publique de son œuvre.
Loin de renoncer, elle explore d’autres médiums. En 1932, elle fonde un atelier de films d’animation sous son nom à Karlsruhe, rare initiative féminine à cette époque dans ce domaine.
Elle passe la seconde guerre mondiale dans un effacement subi.
À partir de 1949, elle rejoint son époux à Fribourg-en-Brisgau, où il développe une société de production cinématographique. C’est dans ce contexte qu’elle réalise ses premières poupées, très éloignées des conventions enfantines, qui deviendront un axe fort de sa production.
Une œuvre au féminin
Peintre, dessinatrice, sculptrice, Martha Kuhn-Weber développe une œuvre complexe. Ses poupées, parfois de très grand format, mises en scène dans des univers colorés et théâtraux, sont une réflexion poétique et inquiétante sur l’identité, le genre, l’étrangeté.
C’est ce même univers trouble et visionnaire que l’on retrouve dans les portraits sur bois issus de la collection de Pierre Spivakoff. Réalisés au pastel et à la peinture à l’huile sur bois brut, ces œuvres témoignent d’une proximité affective et artistique avec Spivakoff, lui-même galeriste, collectionneur et défenseur d’une création libre, en marge des dogmes.
Un langage expressionniste et sensuel
Le style de ses œuvres est immédiatement reconnaissable : visages aux yeux clos ou au regard inversé, mains flottantes, chairs incandescentes, superpositions de couches vaporeuses… Ses figures semblent émerger de la matière, évocations de la mémoire, du rêve, du trauma.
Ces dessins et peintures sont souvent des variations sur le thème de la marionnette, du clown, du double. On y reconnaît les grandes préoccupations de Kuhn-Weber : la féminité non idéalisée, l’identité fluide, le masque comme seuil entre monde intérieur et apparence sociale, la poésie du difforme.
Une œuvre à redécouvrir
L’œuvre de Martha Kuhn-Weber connaît depuis quelques années un regain d’intérêt. En 2025, le Museum für Neue Kunst de Fribourg lui consacre une exposition d’envergure : « Marta! Puppen, Pop und Poesie ». Ce titre résume la modernité et l'originalité de cette artiste qui, entre Allemagne et France, entre peinture et sculpture, entre beauté et grotesque, invente un langage visuel contemporain.