Lila de Nobili

italienne
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1916-2002

Lila de Nobili est une artiste peintre, décoratrice de théâtre et illustratrice italienne né en 1916.

Naître dans un monde d’images

Lila Elisabeth Ernesta Jeanne Nelly De Nobili naît le 3 septembre 1916 à Castagnola-Cassarate, près de Lugano, dans le canton du Tessin. Elle appartient à une famille italienne de haute culture : son père, Prospero De Nobili, est une figure politique et industrielle issue d’une ancienne lignée ligure ; sa mère, Dola Vertès, d’origine juive hongroise, est la sœur du peintre Marcel Vertès. Cette double filiation, entre aristocratie italienne et sensibilité artistique cosmopolite, donne très tôt à Lila de Nobili une familiarité profonde avec les images, les étoffes, les arts décoratifs et la vie intellectuelle.

Elle reçoit une formation entre Paris et Rome. Dans les deux villes, elle fréquente des académies libres,  l’Académie Ronson à Paris et l’Accademia di Belle Arti à Rome. Elle complète sa formation auprès du peintre Ferruccio Ferrazzi. Cette éducation , à la fois classique et ouverte aux sensibilités modernes, forme le socle de son regard, raffiné et exigeant.

En 1943, elle s’installe à Paris, ville où  où se déploiera l’essentiel de sa carrière.

La mode comme premier langage

Dans les années 1940, Lila de Nobili commence par le dessin de mode. Elle travaille pour Vogue et collabore aussi à l’univers d’Hermès. Cette première étape éclaire tout son parcours : elle y affirme une science de la silhouette, une attention souveraine au tombé des étoffes, à l’équilibre des lignes, au pouvoir expressif d’un port de tête ou d’un geste retenu.

Son trait s’impose par une qualité très particulière : souple, précis, atmosphérique,  chargé d’une présence intérieure. La mode lui offre un premier champ d’élection, et aussi un premier vocabulaire. Chez elle, le vêtement anime la silhouette ; il la révèle et l’accompagne. Cette intelligence du costume trouvera plus tard sur scène son plein accomplisseme

La grande aventure de la scène

À partir de la fin des années 1940, Lila de Nobili entre dans l’espace qui donne à son talent toute son ampleur : le théâtre, l’opéra, le ballet, puis le cinéma.

Ses premières réalisations  s’inscrivent dans le théâtre d’après-guerre, auprès de Raymond Rouleau, avec lequel elle collabore dans plusieurs productions marquantes. On la retrouve ainsi dans La Petite Lili en 1951, puis dans Cyrano de Bergerac en 1953, et dans Les Sorcières de Salem en 1954. Très tôt, son langage  s’affirme : décors habités, costumes porteurs de psychologie, attention aux étoffes, à la qualité expressive de l'espace.

Cette sensibilité trouve son accomplissement dans le théâtre lyrique. En 1955, Lila de Nobili signe pour Luchino Visconti les décors et costumes de La Traviata à la Scala de Milan, avec Maria Callas dans le rôle de Violetta. Cette production entre dans l’histoire de l’opéra comme l’un des grands événements  du XXe siècle. Lila de Nobili y donne toute sa mesure : densité des décors, raffinement du costume, pouvoir d’évocation d’un monde à la fois somptueux et fragile.

Au fil des années, elle poursuit ce dialogue avec les plus grands noms de la scène européenne : Franco Zeffirelli, Peter Hall, Frederick Ashton, Gian Carlo Menotti. Elle conçoit notamment les univers de Cymbeline en 1957, d’Ondine en 1958, de Carmen à l’Opéra de Paris en 1959, puis d’Aida en 1962. Chacune de ces créations confirme la spécificité de son regard. Lila de Nobili  compose des mondes où le décor respire avec les personnages, où le costume accompagne le mouvement , où chaque détail participe à une émotion d’ensemble. Cette aventure  se prolonge jusque dans les années 1960 et trouve un dernier jalon avec Manon Lescaut, montée par Visconti à Spoleto en 1973. 
À travers cette longue séquence de créations, Lila de Nobili laisse une empreinte immédiatement reconnaissable. Son œuvre de scène unit le raffinement, la mélancolie, la mémoire, la grâce du trait et le sens du théâtre. Elle témoigne du tempérament d'une artiste pour qui la scénographie, le costume et la peinture procèdent d’une même vision : faire naître une présence et lui offrir un monde.

Le retour à la peinture

À partir de la fin des années 1960, puis de manière plus exclusive après 1973, Lila de Nobili se consacre à la peinture et au dessin. Ce retour à l’atelier prolonge tout naturellement son œuvre scénique. On y retrouve la même science du visage, la même sensibilité aux matières, la même grâce du trait et la même attention au personnage.

Ses œuvres  — portraits, figures, icônes — concentrent dans un espace plus intime toute l’expérience acquise sur scène. Le théâtre y subsiste sous forme de mémoire. La figure humaine y demeure centrale, portée par une stylisation subtile et une émotion retenue.

Le Portrait de Jean de Angelis, daté de 1995,  témoigne de la continuité de son regard et de son art de la présence. Sans chercher l’effet, Lila de Nobili y donne à la figure une densité  représentative de son œuvre peinte.

Lila de Nobili meurt à Paris le 19 février 2002. Son héritage traverse la mode, la scénographie, le costume, le cinéma et la peinture. Son nom reste attaché à quelques-unes des plus belles visions de la scène européenne du XXe siècle, et son œuvre peinte prolonge aujourd’hui cette même exigence de style, de mémoire et de grâce.