Jean-François Thomas

Français
|
1894 - 1939

Jean-François Thomas est une artiste peintre et aquarelliste français né le 15 décembre 1894 à Guémené-Penfao, en Loire-Inférieure.

Marqué par la guerre

Jean-François Thomas appartient à cette génération d’artistes que la Grande Guerre a blessés physiquement autant que psychiquement. Son père exerce la profession de gendarme et son enfance se déroule au gré des affectations paternelles. Élève du Prytanée militaire des Andelys, il est mobilisé dès le début du conflit de 1914. Grièvement blessé au thorax, il est réformé en 1916 et gardera des séquelles permanentes de cette blessure de guerre.

Des débuts difficiles

C’est à Bordeaux qu’il entreprend des études artistiques après la guerre, à l’École des Beaux-Arts. Il enseigne un temps à Nantes, avant de « monter » à Paris en 1917. Il s’installe alors à Montmartre, où il loue un atelier. La période est difficile, sa misère est grande, et c’est dans une extrême précarité qu’il commence à produire une œuvre dense, en quête constante de nouvelles harmonies chromatiques. Il contracte le scorbut, faute d’une alimentation suffisante, et transforme ses draps de lit en toile lorsqu'il n'a plus d'argent pour peindre. Cette misère n'a d'égale que son acharnement et s'inscrit durablement dans l'intensité et la force de ses tableaux.

Le "Groupe du Portique"

Dans les années 1920, Jean-François Thomas se lie d'amitié avec trois jeunes peintres compagnons d'exposition : Roland Oudot, Raymond Legueult et Maurice Brianchon. Ensemble, ils forment le « Groupe du Portique », du nom de la galerie parisienne Le Portique, dirigée par Mademoiselle Berr de Turique, qui les expose dès 1923. Leur esthétique commune mêle sens décoratif, observation attentive du réel, et recherche d’équilibres colorés. L’œuvre de Thomas s’inscrit dans cette veine, à la fois figurative et stylisée.

En 1925, il participe à la décoration de la coupole des Grands Magasins du Printemps, dans le cadre de l’Exposition internationale des Arts décoratifs. Il signe dans le même temps un contrat avec la galerie Georges Lévy-Alvarez (1927–1929). Le contrat d'exclusivité qu'il signe avec  Mademoiselle Berr de Turique ne dure que de 1930 à 1931, la galerie Le Portique changeant de propriétaire.

La reconnaissance

Durant l’entre-deux-guerres, il expose régulièrement : à la galerie Charles-Auguste Girard en 1933, à la galerie Charpentier en 1934, aux Ateliers Paul-Louis Mergier et à la galerie Mignon-Massart à Nantes en 1935. L’année suivante, ses œuvres sont visibles à la galerie Moyon-Avenard (passage Pommeraye), à la galerie d’art Malesherbes, à la Galerie de Paris et à la galerie Carmine. Il participe alors à l’exposition collective « Le sport et les artistes » organisée sous le patronage du ministre Léo Lagrange, figure du Front Populaire.

En 1937, le Ministère de l’Éducation nationale acquiert l’une de ses œuvres. Le musée des Beaux-Arts de Nantes conserve encore aujourd’hui plusieurs de ses tableaux. Sa production est variée : huiles, aquarelles, pastels, encres, lavis. Elle se caractérise par une extrême finesse de trait et un sens aigu du mouvement des corps et de la composition des scènes. Il traite avec la même attention des sujets intimes, comme La Vie familiale ou Une ménagère soignant ses fleurs, et des compositions plus vastes, animées par la recherche de rythmes visuels.

Fauché en plein succès

Jean-François Thomas meurt à Paris le 15 janvier 1939, à quarante-quatre ans. Ironie du sort : deux jours plus tard, s’ouvrait à Chicago, à l’Arts Club, une exposition qui lui était consacrée. Une seconde exposition eut lieu à San Francisco la même année. Comme l’écrivit un critique de l’époque : « L’Amérique l’aura découvert avant la France ».

Aujourd’hui, son nom reste associé à cette génération d'artistes fauchée ou blessée par la Première guerre mondiale, et portée par un amour sans concessions pour la peinture, à l’instar d’un André Vigneau, d’un Charles Dufresne ou d'un Henri Doucet.