Hermann Paul

(Français 1864 - 1940)

Hermann-René-Georges PAUL, dit HERMANN PAUL, est né à Paris le 27 décembre 1864. Fils et petit-fils de médecin, sa famille, d'origine provençale, le pousse tout naturellement vers des études scientifiques qu'il abandonne bien vite pour entrer à l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris, puis à la remuante et facétieuse Académie Julian, où il précède de peu Pierre Bonnard, Edouard Vuillard et Maurice Denis. Il travaille ensuite seul ou avec les conseils d'Henry Lerolle et de Gustave Colin.

A partir de 1890, il exécute ses premiers travaux lithographiques en noir ou en couleurs aux côtés de Vuillard, Bonnard et Toulouse-Lautrec.

En novembre 1892, il se tourne résolument vers la presse satirique en fondant La Faridondaine qui ne durera que 4 mois. Jules Roques, l'audacieux directeur du Courrier Français, remarque son talent et l'appelle à collaborer à cet organe dès janvier 1894.
Hermann Paul collabore aussi au Rire, où il inaugure un genre nouveau, le "reportage humoristique ", en couvrant la visite officielle de Félix Faure en Russie en 1897.

Très engagé durant l'affaire Dreyfus, celui qu'on surnomme le "Forain de gauche" utilise le Figaro, le Sifflet et surtout le Cri de Paris pour dénoncer la bêtise des antisémites.

Thadée Natanson portera ce jugement sur le tour et la façon d'Hermann Paul durant ces années de guerre civile larvée dans Peints à leur tour :
" Hermann Paul a mené, notamment au moment de l' "Affaire ", des campagnes courageuses, mais, dans ses légendes, comme dans ses propos, il était beaucoup moins capable de méchanceté que de colère."

A la même époque, il développe dans ses dessins deux autres thématiques qui lui sont chères : la dénonciation des atrocités commises par les colonisateurs et toujours la laideur de la bourgeoisie, "l'âme fétide et carnassière des honnêtes gens", dira Tailhade, dont il avait illustré "Au Pays du Mufle" en 1894.

Ces idées l'amènent tout naturellement à collaborer à la presse anarchiste : la Feuille de Zo d'Axa, la Volonté, L'Escarmouche de Darien, ou encore aux Temps Nouveaux de Jean Grave.

Admirateur fervent de Paul Cézanne, il fait scandale en exposant en 1904 au Salon d'Automne un portrait en pied du maître d'un ton fauve très personnel mais qui collait d'un peu trop près à la caricature.

En 1905, il est élu professeur aux Beaux-Arts. Il habite alors au numéro 15 de la rue Montaigne ; tandis que son atelier se trouve au numéro 66 de la rue de Provence.

Il préside la société des dessinateurs humoristes, dont le siège se trouve à la tour de Villebon, à Meudon, lieu alors très prisé des duels de gens de lettres.

En 1906, il s'engage plus nettement dans le combat antimilitariste et pacifiste en collaborant à La Guerre Sociale de Gustave Hervé.

Tout au début du premier conflit mondial, il se rallie à l'idée d'Henri Guilbeaux de lancer un journal pacifiste, dont il devait prendre la direction. Puis, très rapidement, comme beaucoup d'autres, il gagne le camp des bellicistes, devient farouchement germanophobe et jusqu'auboutiste convaincu.
Dans les années 30, il évolue vers l'extrême-droite et collabore à Je Suis Partout.
Outre le fait d'avoir illustré de nombreux ouvrages, il édita lui-même plusieurs albums, comme La Vie de Madame Quelconque et La Vie de Monsieur Quelconque (1895), Alphabet pour les grands enfants (1898), Guignols (1899), Le Veau Gras (1904)…

Retiré aux Saintes-Maries-de-la-Mer, il se passionna pour la vie camarguaise et la corrida. Il mourut dans cette cité provençale le 23 juin 1940.
Il avait pour compagne Jeanne Semersheim-Desgranges, avec laquelle il eut une fille, Ginette, devenue Mme Cachin-Signac.

Dans la remarquable étude qu'il lui consacra dans le numéro du 15 septembre 1929 d'Arts et Métiers Graphiques, Raymond Geiger saura parfaitement résumer le talent tout particulier d'Hermann Paul : " [Il] a l'honneur d'être de ces artistes qui ne font rien pour flatter le goût du public, de ce public qui veut toujours être du dernier bateau. Il ne cherche pas à plaire…
Pendant de longues années c'est du dessin qu'il usera pour commenter le spectacle de la comédie humaine. Comment une âme bien née et jeune accepterait-elle sans protester ce qu'elle voit des hommes et de leurs passions ? Emporté par un idéalisme sans faiblesse, il s'attaque à tout ce qui est mesquin, vulgaire et bas. La grossièreté de la foule, la bêtise des corps constitués, le grotesque et l'odieux des petits bourgeois, la vilenie des politiciens, la turpitude des financiers, l'imbécillité des amateurs d'art, la canaillerie des marchands, la bassesse, la cupidité et l'avarice des gens riches, la niaiserie des boutiquiers, l'esprit borné et la férocité des militaires, l'hypocrisie des prêtres, la vanité des mondains, n'ont pas de plus cruel ennemi que lui… ".

Biographie d'après un article de Gilles Picq.