Lucien Mainssieux
Lucien Mainssieux est un artiste peintre, graveur et lithographe français né le 3 mars 1885 à Voiron (Isère). Il est aussi critique d'art et violoniste.
Une formation parisienne au moment des grandes mutations
Lucien Mainssieux reçoit sa première formation artistique à Grenoble auprès de François-Joseph Girot (1870-1941). Cette formation initiale est centrée sur le dessin et l’étude du motif.
En 1905, il s’installe à Paris. Il ne s’inscrit pas à l’École des Beaux-Arts mais entre à l’Académie Julian, académie privée fondée en 1868, qui constitue alors une alternative majeure au cursus académique officiel. Il y suit l’enseignement de Jean-Paul Laurens.
Ce choix est important : l’Académie Julian permet une formation solide tout en échappant au système des concours et du Prix de Rome. Mainssieux se situe donc, dès l’origine, dans une formation libre, hors de l’institution des Beaux-Arts.
Il expose pour la première fois au Salon des Indépendants en 1907, puis au Salon d’Automne à partir de 1908, ce qui atteste son insertion rapide dans la vie artistique parisienne.
Un style figuratif structuré par l'influence cézanienne
Plusieurs périodes se dessinent dans l'oeuvre de Mainssieux
1. Période des années 1905–1914
Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, Mainssieux développe une peinture structurée par plans successifs. L’influence post-cézannienne se perçoit dans l’organisation des masses et la solidité des volumes. Mainssieux en 1910 visite l'atelier de Renoir. Frappé par la peinture du vieux maître, il intègre certains de ses principes plastiques dans sa vision picturale structurée, héritée de Cézanne.
2. Années 1920 : clarification et lumière
Après la guerre, son travail gagne en clarté. Les compositions deviennent plus ordonnées, les architectures plus affirmées. La palette s’éclaircit.
C’est dans cette période que les paysages italiens prennent une place centrale.
3. Années 1930–1950 : simplification et amplitude
Dans les décennies suivantes, notamment à partir des années 1930, la touche devient plus synthétique. Les volumes sont simplifiés, la lumière plus directe, particulièrement dans les œuvres exécutées en Afrique du Nord.
L’évolution ne passe pas par une rupture stylistique, mais par un resserrement progressif des moyens.
Les voyages : Italie et Afrique du Nord
Italie
Mainssieux séjourne en Italie à plusieurs reprises entre 1910 et 1926 (Venise, Florence, Rome notamment). Ces séjours sont déterminants.
Les ponts, quais et façades deviennent des éléments structurants. L’architecture y joue un rôle central dans la composition. Les arches répétées, les lignes horizontales et les reflets dans l’eau organisent la profondeur.
Les œuvres italiennes constituent une part essentielle de son corpus dans les années 1920.
Afrique du Nord
À partir des années 1930, Mainssieux séjourne régulièrement en Algérie. Des œuvres datées des années 1950 (vues de Tipaza) attestent la continuité de ces voyages jusqu’à la fin de sa carrière.
La lumière nord-africaine accentue les contrastes et simplifie les masses. Les architectures blanches et les paysages ouverts modifient l’équilibre chromatique, sans remettre en cause la structure de la composition.
Musicien et critique
Mainssieux est violoniste et altiste. Il pratique la musique toute sa vie, y compris en concert privé.
Entre 1919 et 1939, il publie des articles de critique musicale dans la revue Le Crapouillot. Ces contributions sont attestées par les archives et la documentation du musée Mainssieux.
Il tient également des carnets personnels, dont une partie couvre les années 1945 à 1954, regroupés sous le titre Tablettes quotidiennes d’un artiste. Ces textes comprennent réflexions esthétiques, observations sur la musique et commentaires sur la vie artistique.
La gravure
La gravure occupe une place significative dans l’œuvre de Mainssieux. Elle donne lieu en 1949 à une publication de bibliophilie chez Rombaldi, dans la collection Les maîtres de l’estampe française contemporaine, comprenant dix estampes originales signées et numérotées par l’artiste.
Ses estampes témoignent d’un intérêt pour le dessin structuré et la ligne. Elles figurent aujourd’hui dans les collections du musée Mainssieux à Voiron.
Conservateur du musée de Voiron
En 1930, Mainssieux est nommé conservateur du musée de Voiron. Il occupe cette fonction jusqu’à la fin de sa vie.
Il enrichit les collections et participe activement à la vie culturelle locale. Le musée de Voiron devient, après sa mort en 1958, le Musée Mainssieux, conservant un ensemble important de ses œuvres, de ses archives et de ses écrits.
Distinctions
Prix Blumenthal : 1920
Chevalier de la Légion d’honneur : 1952