Ruytchi Souzouki

(japonais 1904 - 1985)

Ruytchi SOUZOUKI est un artiste peintre, décorateur, illustrateur, lithographe, graveur et critique d’art japonais. Né en 1904 au Japon, il a exercé toute sa carrière à Paris.

Formation

Ruytchi Souzouki commence sa formation artistique dans son pays, où il reçoit l’enseignement du maître Sanzo Wada. Ce dernier, qui a étudié en Europe entre 1907 et 1915, initie son élève à l’art occidental.

Mais c’est son arrivée au Brésil qui va décider du destin de Ruytchi Souzouki. Le père de Ruytchi s’installe en effet à Rio de Janeiro pour des raisons professionnelles. A l’Ecole des Beaux-Arts de Rio de Janeiro, le jeune homme se met à développer une œuvre si originale qu’elle impressionne Paul Fort, alors en visite au Brésil. Le poète incite le jeune homme à venir s’installer à Paris et lui ouvre les portes du milieu artistique parisien.
Paul Fort organise la première exposition de Ruytchi Souzouki dès son arrivée à Paris. La galerie Manuel Frères, chez laquelle se déroule la manifestation, édite à cette occasion un catalogue préfacé par André Salmon.

Un japonais à Paris

Ruytchi Souzouki s’intègre vite dans le milieu des artistes japonais vivant à Paris. Il se lie notamment avec Foujita et Saïto, et rencontre le mécène Jirohachi Satsuma.
Ce groupe est constitué d’artistes japonais arrivés à Paris, fascinés par l’art occidental. Ils en adoptent les règles et les recherches, en les enrichissant de leur propre imaginaire personnel et culturel.
Foujita se passionne pour la conception traditionnelle de l’art en Occident, et le rôle du dessin comme fondation de l’œuvre peinte. Yoshishige Saïto se tourne vers l’abstraction. Deshima recherche la synthèse entre un traitement traditionnel japonais et le sujet à l’occidentale. 

Le style de Souzouki

Ruytchi Souzouki, lui, est fasciné par l’expression du psychisme dans l’œuvre d’art au travers des différentes démarches de l’avant-garde figurative. Il reprend à son compte les avancées des peintres de l’Ecole de Paris tels que Pascin, ou Max Ernst, avec lequel il noue une relation amicale.
Sa recherche de l’expression des mouvements psychiques le conduit tout naturellement à embrasser la démarche surréaliste. Auprès des surréalistes, Ruytchi Souzouki découvre la pratique du dessin automatique et du collage, techniques auxquelles il restera fidèle toute son existence.

Ce qui fait aussi  la particularité de Ruytchi Souzouki, c’est son appropriation d’éléments de la culture populaire tels que le feuilleton, le roman policier, les artistes de cinéma. Il crée autour des personnages de Fantômas, Sherlock Holmes ou Arsène Lupin. Il s’empare aussi des acteurs de cinéma, Martine Carol, ou des écrivains, tel Marcel Proust, pour dresser leurs portraits par des collages étranges, inspirés des techniques d’Arcimboldo.

Les années de maturité

Pendant la guerre, sa citoyenneté japonaise l’empêche d’exposer mais il renoue avec la notoriété dès la fin des hostilités. Il présente à nouveau, comme avant-guerre, des œuvres au Salon d'Automne, au Salon des Tuileries et au Salon des indépendants. Il partage son existence avec une artiste peintre, Madeleine Ménard.
Ruytchi Souzouki expose des collages surréalistes à la Galerie Paul Petrides en 1954 ainsi qu’à la Galerie Romanet. Il collabore à la revue Bizarre (N°1, 3 et 4) en 1956.

Se soustraire du monde

Au fil des années, il cesse peu à peu d’entretenir des relations avec ses contemporains, mais continue à dessiner et à peindre en solitaire dans son atelier.
Ruytchi Suzuki meurt dans le dénuement et l’oubli en 1985.
Il est enterré dans la fosse commune, personne n’étant venu réclamer sa dépouille.

Le destin de Ruytchi Souzouki s’apparente fort à celui des peintres maudits de Montmartre et de Montparnasse, qui, tels van Gogh ou Modigliani, fascinèrent tant les imaginations. La destinée de son œuvre s’avère tout aussi contrastée.

Une œuvre aux destinées contradictoires

L’ensemble de l’atelier est dispersé à Drouot le 3 mars 1986.  Les possessions du peintre qui n’ont pas été vendues aboutissent à la décharge.

Les toiles qui ont été vendues à Drouot restent malheureusement méconnues des amateurs, pour une perverse raison d’homonymie.

La mémoire de Ruytchi Souzouki pâtit de la similarité de son nom avec celui du peintre Ryoso Souzouki. Ce dernier jouit en effet d’une plus grande lisibilité. Par un effet d’aspiration, certaines des plus belles toiles de Ruytchi Souzouki reparaissent sur le marché avec une attribution à Ryoso Souzouki.

Quant à son œuvre dessinée, elle est sauvée en partie de la destruction par le concierge du peintre qui, alors qu’il était chargé de mettre aux ordures les possessions de Ruytchi Souzouki que personne n’avait réclamées, conserve précieusement ses carnets de dessin avant de les mettre en vente. Le peintre et dessinateur Albert Mescam remarque ces dessins sur une brocante et les fait éditer aux Editions de l’Usine (Souzouki Les dessins de 1935.préfacé par Dimitri Salmon).

Actuellement, un groupe d’amateurs et de collectionneurs tente de faire revivre la mémoire de Ruytchi Souzouki, parmi lesquels il faut souligner pour son travail le galériste François Deneulin, créateur du site de l’artiste

Voir aussi : article de Jean-Louis Roux sur Souzouki, Les affiches de Grenoble et du Dauphiné, 1er octobre 2016.

La photographie provient du site de l'artiste