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Au café
Signé en haut à droite
Contre un mur vert réséda, les consommateurs ont délaissé une table de couleur rouge, abandonnant deux tasses à café, une tasse du même vert que le mur, et deux verres à vin vides.
Le tableau est encadré d'une caisse américaine noire et présenté en accrochage avec La dernière tour, une huile sur toile postapocalyptique de Pierre Clayette.
Au premier regard, Au café semble nous convier à une scène familière. Mais le regard perçoit vite que cette représentation picturale n’a rien d’anecdotique ni de banal.
La composition, d’une grande rigueur, paraît étrangement décentrée. La table rouge est traitée en deux dimensions, et semble hésiter entre planéité et verticalité. Elle est découpée par des diagonales nettes qui créent un espace dont la stabilité n'est qu'apparente, car aucun des objets n'est exactement à la place qu'il aurait dû occuper dans une représentation réaliste. Les petites cuillères, orientées selon un axe giratoire, animent la toile d'un mouvement circulaire.
Berdal, selon le point où s'arrête le regard, nous donne à percevoir plusieurs facettes de la réflexion sur la temporalité qui anime son œuvre.
Les verres à vin, à peine esquissés, traités en transparence, incarnent ce qui échappe, ce qui est volatil et semblent une métaphore de l’instant fuyant.
À l’inverse, les tasses à café, d’une présence matérielle affirmée, paraissent traduire seulement leur réalité immédiate. Mais l’intérieur des tasses est séparé par une verticale et traité en deux teintes de bleu, bleu ciel et bleu profond. Ces bleus, couleur de la pensée et du rêve, deviennent ici un signe de la présence de l’esprit au sein de la matière.
Au sommet de la composition, la tasse verte, fondue dans la teinte du fond, agit comme un point de passage : elle semble osciller entre le monde des objets et celui du fond pictural, entre le tangible et l’immatériel.
Sur sa soucoupe repose un carré blanc, un morceau de sucre bizarrement positionné. Ce minuscule rectangle capte le regard. Il agit comme un surgissement lumineux dans cet espace peuplé d'objet. On a envie d'y voir l'évocation du monde psychique qui surgirait sous l’apparente banalité du quotidien.
Les petites cuillers qui accompagnent les trois tasses, avec leur animation suspendue, deviennent une allusion au cycle du temps et à la répétition des gestes.
Berdal, par un travail très précis de composition, par un habile rapport entre les masses, par un traitement chromatique tout en opposition, nous fait passer de la lecture immédiate d’une scène de café à un espace aux multiples significations, où le regard oscille entre ce qu’il voit et ce qu’il devine.
L'artiste nous rappelle que les moments les plus simples peuvent être le théâtre d’une autre expérience, celle de la relation entre le visible et l’invisible, celle d'un mouvement suspendu entre présence et absence.
Face à ce tableau, le regardeur découvre moins des objets que sa propre conscience face à l'écoulement du temps.