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Canicule
Monogrammé en bas à gauche. Texte signé Gisèle
D'épais méandres de couleur rouge sombre, violet, ocre et blanc s'imbriquent avec puissance, autour d'un collage de papier journal.
Cette gouache est un courrier adressé à Jean-Marie Drot. A son revers, Gisèle Prassinos a composé un texte situé entre la correspondance et le poème libre.
L'encadrement très soigné à été commandé par le destinataire du courrier, qui l'avait accroché sur ses murs. Le choix du double verre prouve que l'écrivain attachait une grande importance tant à la gouache qu'au texte qui l'accompagnait.
Gisèle Prassinos a toujours associé dans ses oeuvres picturales l'émotion des mots et la subtilité de son langage poétique. Cette composition est importante car elle témoigne du fait que, pour Gisèle Prassinos, toute sa vie est poésie. Elle met en mots la chaleur de la canicule, elle la traduit en couleurs abstraites mais qui nous la font ressentir presque charnellement.
Abstraction jaune et bleue, la deuxième oeuvre de Gisèle Prassinos que nous présentons, est tout aussi évocatrice, dans sa retranscription de la fin de l'été et du poids qu'il fait peser sur l'âme.
Ces deux oeuvres, qui faisaient partie de la collection personnelle de Jean-Marie Drot et qu'il avait accrochées chez lui de manière à pouvoir toujours les voir sont ausi un double témoignage. Celui d'une amitié, tout d'abord, un lien entre deux êtres qu'unissent l'échange d'impressions poétiques. Celui aussi de l'immense respect que Jean-Maris Drot vouait à l'oeuvre de Gisèle Prassinos.
L'art et l'existence de Gisèle Prassionos fascinent, entre surréalisme et affirmation de soi. Les Atamanes lui ont consacré un article de leur blog, intitulé Gisèle Prassinos : le destin de la femme-enfant surréaliste.
Voici la transcription du texte écrit par Gisèle Prassinos. Lui aussi est pensé en forme de dessin, et se déploie autour d'un rectangle rouge à la gouache figurant sa maison, entouré du mot Estate . Les lignes bleues, au milieu du rouge caniculaire, rappellent le désir de la mer.
Ciao.
Le bel été est arrivé : cigales, grillons, lucioles, l'air parsemé de parfums, tout est sec. A l'ombre de la maison, la sieste, protégée par les murs épais. Je recharge les piles. C'est bien pour lire. C'est bien pour manger dehors, pour sortir à vélo avant que la nuit (ne) tombe. La canicule devient le fil conducteur pour rêvasser d'être ailleurs, toutes les chaleurs du globe se ressemblent. C'est jouir du moment, jouir de ne pas être dans la foule frénétique des vacances. Quelle impuissance de ne pas pouvoir traîner sa propre maison sur le dos n'importe où. Quelle volupté : descendre à la cave, pour avoir un frisson ! L'oeil tombe sur les reportages estivals au bord de l'eau. C'est devenu nauséant. Depuis des années la tentation de voir les Iles Açores. Mais toute cette verdure me décourage aussitôt.
Merci pour ta carte. J'ai lu à propos de Kerpathos, on voulait depuis longtemps la visiter. Mais il y a des doutes.
Bacio.
Gisèle.