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Composition bleue au journal
Signée et datée en bas à droite.
Un monochrome bleu peint sur un support fait de carton et de journaux collés.
Peinte en 1976, cette Composition bleue au journal appartient à une série où Georges Badin explore la relation entre couleur, texte et matière. À cette époque, l’artiste poursuit les recherches amorcées après le mouvement Textruction (1968), qu’il avait cofondé avec Michel Vachey et Gérard Duchêne, et qui interrogeait la dissolution du texte dans la peinture.
Le support – un carton fin sur lequel Badin a marouflé un feuillet de journal – joue ici un rôle essentiel. La colonne imprimée centrale reste visible sous les couches de gouache bleue, posées, essuyées, puis reprises. L’œil perçoit encore des mots, des dates, des bribes d’articles, sans pouvoir les lire tout à fait. Cette alternance entre lisible et illisible constitue le cœur de l’œuvre : le spectateur est invité à passer du texte à la couleur, de la lecture à la vision.
Le geste pictural suspend le texte sans l'effacer : il l’immobilise dans la matière colorée. Le bleu agit comme un voile posé sur le monde. Il neutralise le sens du texte tout en en préservant la présence.
Cette peinture se situe dans la continuité du mouvement Textruction, qui proposait d’unir « texte » et « destruction ». Pour Badin, cette union ne passait pas par la provocation mais par un lent travail d’effacement. Le journal, matériau éphémère, porteur de l’actualité et du bruit du monde, est ici détourné de sa fonction informative.
La peinture sauve ce qu’elle dissimule. En cela, Badin rejoint les démarches de Bryen ou de Tàpies, mais avec une retenue propre : aucune explosion de matière, seulement la lente absorption du signe.