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La coupe blanche (Poires)
signé en bas à droite
Une coupe blanche, lourde et massive, est emplie de poires vertes, dont l'une semble prête à tomber. Un couteau est posé sur la table, près d'un verre à thé avec sa cuiller torsadée.
Ce tableau est encadré d'une caisse américaine noire.
La poire quitte le groupe mais son destin reste indéterminé. Tombe-t-elle vers le vide, expulsée hors d’un amas trop serré ? S’échappe-t-elle d’un ordre oppressant, ou est-elle rejetée contre son gré ? L’ambiguïté est volontaire : Berdal ne montre pas la chute, il la rend insaisissable. Ce fruit, entre désir d’émancipation et crainte de l’exil, entre envol et perdition, ce pourrait être unemétaphore de l’humanité.
Le blanc légèrement grisé de la coupe fait ressortir les verts sourds et les jaunes des fruits, tandis que le fond et la nappe se déploient en aplats sombres, rehaussés de nuances turquoise et gris-bleuté. Chaque fruit est construit par de larges touches fermes, modelées sans effets illusionnistes. La justesse des rapports chromatiques compte davantage que la vraisemblance descriptive.
Le couteau, placé à plat sur la table, est traité par une matière plus fine que le reste du tableau. Il accroche la lumière et devient menace. Si le fruit poursuit sa chute, c’est bien vers cette lame qu’il se dirigera. L’arme du quotidien devient ici figure du sacrifice, écho discret au couteau d’Abraham suspendu au-dessus de son fils.
Le verre est accompagné d’une cuiller au manche torsadé. Il ressemble à ces verres à thé que l’on trouve dans la tradition russe juive. Mais ici le thé a disparu : il reste seulement l’absence du breuvage de vie, le souvenir d’une chaleur partagée.
La lumière ne vient pas d’une source identifiable, mais semble émaner des objets eux-mêmes. La coupe de poires est image de permanence. Signe de plénitude, elle est entourée d’indices de perte : fruit qui tombe, couteau qui guette, verre vide. L’ensemble parle de la fragilité de l’existence.