Gravats et poussière

Furetante et Pragmatique savourent un moment de détente autour d'une tasse de thé.

Pragmatique: Au fait, Furetante, tu as des nouvelles de Jean-François?

Furetante: Non, ça fait un moment d’ailleurs mais il est possible que j'ai vexé le brave homme...La dernière fois que j’ai discuté avec lui, j'ai été prise d'un fou rire inextinguible, tu sais, le genre hyène ayant inhalé du gaz hilarant...et je crois qu'il n'a pas apprécié.

Pragmatique: Qu'est ce qu’il y avait de si drôle?

Furetante: En fait, je l'avais croisé deux semaines plus tôt. Il était tout guilleret parce qu'il venait d'acquérir une oeuvre d’art d’un artiste en vogue à la FIAC. Un “must artistique, une merveille", d’après lui!

Pragmatique: Ouhla... Et ça avait quelle tête, cette merveille?

Furetante: La tête d'une installation que Jean-François a payé une petite fortune. Le titre: “Abysses en decomposition”. Apparemment, ça ressemblait à un bac de ciment recouvert de gravas, façon Ceci est de l’Art. Tu sais le genre de reflexion conceptualo-marshmallow sur poussière nous sommes, poussière nous redeviendrons.

Pragmatique: Je vois...

Furetante: Du coup, me souvenant de ça, j'apostrophe Jean-François en lui demandant comment va son bac de ciment.
Et là, il pâlit, il verdit et il me dit qu'il ne l'a plus en sa possession.

Pragmatique: Comment ça?

Furetante: Il rentrait chez lui tout juste un jour après avoir installé son acquisition au beau milieu de son salon. Sur le pas de la porte, il croise sa femme de ménage, tout essoufflée, de gros sacs poubelles à la main. Elle le salue et lui dit: “J’en viens enfin à bout, c’est incroyable tous ces gravats qu’il y avait dans votre salon!!! Vous avez fait des travaux?”
C’était sa précieuse installation qui venait de partir en fumée dans les sacs poubelles, balayée par une vague de professionnalisme énergique.
Et je n’ai pas pu m’empêcher ni m’arrêter de rire.

 


Vu dans une galerie d'art à New York, oct 2012