Découvrir son propre langage artistique
Augustin François Guille est né le 17 mai 1932 à Alès, en France. Fils de Joseph Guille, sacristain de l'église Saint-Théodorit de Vendargues, il passe son enfance à Vendargues. Dès son plus jeune âge, il est marqué par les jeux de la lumière dans les vitraux.
Pendant la seconde guerre mondiale, Augustin François Guille découvre la calligraphie. Persuadé qu’il trouvera dans l’art son futur professionnel, il explore tous les moyens d’expression qu’il peut trouver à sa portée. De 1946 à 1948, il fréquente le Centre éducatif des arts et métiers de Saint-Jodard, dans la Loire. En 1952, il s'installe à Paris et travaille à l'Atelier du Timbre. Il commence à exposer mais sans succès. C’est sa rencontre avec Braque en 1956, qui se révèle déterminante. Le maître lui conseille de se former aux techniques figuratives classiques pour déterminer où se situe son destin de peintre. En 1957, Augustin François Guille fréquente alors l’atelier de Lemagny, lauréat du Prix de Rome pour la gravure, à l'École des Beaux-Arts.
Cet enseignement lui permet de se libérer de la figuration et de choisir la voie de l’abstraction, dans une manière proche de l’abstraction lyrique.
Se libérer d'un marchand sans scrupule
Augustin François Guille commence à exposer au sein d’exposition de groupe et à se faire remarquer. En 1963, il signe un contrat d'exclusivité avec les marchands d'art Colmant et Marevery. Colmant lui donne son pseudonyme d' Archiguille et attend de lui une production de vingt toiles par mois, dont cinq seront systématiquement détruites par le marchand. Le contrat était conclu pour trois mois mais une clause prévoyait son renouvellement pour dix ans par simple décision de Colmant. Refusant cette contrainte, Archiguille met fin à cette collaboration, ce qui lui vaut un procès retentissant, qu'il perd. En 1966, pour protester contre ce contrat jugé inique, il met en scène un acte symbolique : il brûle ses propres œuvres sur la place de l'Opéra à Paris. Cet épisode attire l'attention d'André Malraux, alors ministre de la Culture, qui le soutient publiquement.
Le 15 novembre 1966, la cour d'appel de Paris annule définitivement le contrat qui le liait à Colmant dans une décision devenue célèbre sous le nom de l'arrêt Guille vs Colmant. Cette victoire juridique marque un tournant décisif dans la carrière de l'artiste, lui permettant de retrouver une liberté totale dans sa production et sa diffusion artistique.
Explorer par la Transfiguration
C'est à cette période qu'Archiguille conçoit le concept de la "Transfiguration" : un procédé artistique qui consiste à ne laisser apparaître que l'essentiel d'un objet choisi, réduisant ainsi la peinture à son expression la plus pure. Ce style, qui oscille entre abstraction et figuration, devient sa signature et marque durablement l'histoire de l'art contemporain.
La Transfiguration ne se réduit pas à une forme d’abstraction lyrique, bien qu’elle en emprunte certains codes. Elle repose sur l’idée d’une métamorphose du réel, où la lumière, la couleur et les formes transcendent la simple apparence pour atteindre une réalité plus profonde et universelle.
Ce concept, qui s’inspire à la fois des icônes byzantines, des paysages impressionnistes, et des innovations de l’abstraction moderne, est marqué par un sens aigu de l’émotion visuelle.
Pour y parvenir, Archiguille utilise des aplats de couleur vibrants, des effets de transparence et des jeux de lumière qui rappellent les vitraux médiévaux. Il privilégie des formats monumentaux qui immergent le spectateur dans une expérience contemplative. Sa technique, mêlant l’acrylique et l’huile, lui permet de jouer avec les textures, de créer des effets de profondeur, et de suggérer une vibration presque mystique dans ses œuvres.
Créer en liberté
Archiguille s'inscrit dans le contexte artistique français d'une époque marquée par l'abstraction lyrique et le renouveau de la figuration. Alors que des artistes comme Hans Hartung et Pierre Soulages poussent l'abstraction à ses limites, Archiguille choisit une voie intermédiaire, conciliant la liberté gestuelle de l'abstraction avec une figuration suggérée. Son approche se distingue par une volonté de capturer l'essence des formes sans tomber dans une représentation totalement reconnaissable. Archiguille joue avec les couleurs et les textures pour créer une sensation de profondeur et de mouvement.
Entre 1967 et 1968, Archiguille multiplie les expositions et les rencontres. Il présente ses toiles à la galerie Bernheim-Jeune à Paris, puis aux États-Unis, notamment à Houston où un collectionneur acquiert trente toiles en une journée. En 1968, il expose au musée d'Art moderne du Palais de Tokyo à Paris.
Imprimer sa marque
Dans les années 1970, Archiguille s'émancipe des marchands d'art et travaille directement avec de grands collectionneurs.
Ses toiles sont acquises par des figures de la Jet-set et du Tout-Paris comme Jackie Kennedy, Coco Chanel, Sophia Loren, David Rockefeller, ou des chefs d'État tels que l'empereur du Japon et le roi du Maroc. Sa réputation le précède et il n’a pas besoin d’entretenir sa notoriété. En 1975, une grande exposition de ses créations a lieu au jardin des Tuileries, avec inauguration par le ministre de la Culture ( Michel Guy).
Archiguille fait partie des personnalités du Tout-Paris.
Archiguille, en conséquence, est de moins en moins reconnu par la scène artistique française. Il s’installe en Suisse, d’où il gère en direct la commercialisation de son œuvre.
Son succès commercial, son retrait relatif du monde de l’art, son refus de s’engager politiquement le rendent impopulaire auprès des conservateurs de musée et des grands galeristes qui font les réputations. Sa contribution historique au développement artistique français est de plus en plus passée sous silence.
Quelques grandes expositions jalonnent cette période. En 1988, Archiguille expose au Musée de l'Athénée, à Genève. En 2000 une rétrospective de son œuvre a lieu l’espace Cardin. L’accent est mis sur la foi chrétienne de l’artiste.
En 2004 a lieu l’exposition Archiguille, aujourd'hui, au Palais des Nations, à Genève.
Archiguille s'éteint le 30 août 2017 en Suisse.