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La table rouge
Signé en bas à gauche "Berdal"
Pommes et poires disposées en croix s’égrènent en diagonale sur une nappe rouge, tandis qu’un bouquet de fleurs dans un vase bleu emplit l’angle supérieur droit de la composition.
Cette huile sur toile est encadrée par une caisse américaine blanche. Elle est présentée en accrochage avec La mégère apprivoisée, une huile sur toile de Pierre Clayette.
Cette œuvre semble animée d'un mouvement imperceptible, lent mais indéniable. Le bouquet explose en une profusion de couleurs et de textures. Chaque pétale porte en lui une pulsation interne. Les fruits glissent insensiblement dans la direction du spectateur. La chaise verte, dont seul le haut du dossier est visible, stabilise le tableau.
Le rouge de la table, profond, presque cramoisi, est le rouge du vivant, du sang qui circule dans les artères. Il dramatise la scène, lui donne un côté intense.
Le raffinement chromatique de Berdal atteint ici sa plénitude : les verts, rouges, ocres et bleus sont travaillés en empâtements légers, et chaque teinte semble le reflet affectif d’un état intérieur.
La disposition des pommes et des poires en croix oblique sur la surface rouge de la table n’est pas fortuite. Cette croix structure le tableau. Elle relie la profusion du bouquet, exubérant et plein d’une vie pulsatile, à la forme plus terrestre de la chaise verte.
Cette croix est ici un symbole de vie en tant que point de passage, carrefour des directions d'une vie. Les fruits, signes de la croissance, de la maturation semblent reposer sur un plan à la fois horizontal et vertical. Ce n’est pas la première fois que Berdal défie ainsi notre perception : comme dans Les Poires, il présente des fruits à la fois stables et en mouvement. Cette ambiguïté de l’espace contribue à l’effet de déréalisation qui nimbe son œuvre.
Le vase repose, lui, solidement la table. Seul point d’ancrage, avec la chaise, du tableau, il symbolise l’instant présent, qui résiste à l’écoulement du temps.
La ligne oblique qui traverse l’arrière-plan, dessinant la séparation entre le sol et le mur, fonctionne comme une ligne de fuite inversée, non pas vers l’horizon, mais vers l’intérieur de la scène. On ne sait si cette oblique attire les éléments vers l’arrière, ou au contraire souligne leur effondrement vers l’avant. Elle participe à cette indécidabilité temporelle que Berdal maîtrise si bien : est-on au début du basculement, à son apogée, ou juste après ?
Ainsi, l’ensemble du tableau pourrait être lu comme l’instant de bascule d’une vie : les fruits, métaphores du cycle naturel, forment la croix du devenir ; la table, lieu d’instabilité apparente, offre pourtant son soutien au vase, qui représente le présent à son apogée. La chaise, comme souvent chez Berdal, reste vide, signe d'une absence ou d'une attente.