Vous souhaitez recevoir plus d'informations concernant une oeuvre, ses caractéristiques ...
Peintre toisant son modèle
Signé du monogramme en bas à droite
Un peintre vêtu à la mode de la fin du XVIIIeme siècle se penche agressivement vers son modèle, qui lève une étoffe pour se protéger. Ce dessin au fusain est encadré d'une baguette dorée moderne. Il est présenté en accrochage avec une huile sur toile de Louis Chapuis représentant la rue Molière à Lyon.
Dans cette scène de confrontation, le regard de l’artiste se charge d’ambiguïté.
La composition repose sur une diagonale reliant le corps nu du modèle, baigné de lumière, à la silhouette sombre du peintre. Le fusain nerveux, et le fond traité à l'estompe traduisent la tension qui habite les protagonistes. Le peintre avance le bras, palette et pinceaux à la main, dans un geste qui semble d'évaluation des proportions mais dont la vigueur inquiète. L’attitude du modèle – bras levé, torse légèrement rejeté – suggère la peur ou la défense, non la simple quiétude.
Le costume du peintre – culotte étroite, gilet ajusté, chemise au col ouvert, cheveux noués d’un ruban – renvoie à la fin du XVIIIᵉ siècle, dans un climat esthétique évoquant Goya . Ce fusain pourrait avoir été conçu pour servir d'illustration à une oeuvre litteraire. Mais c'est l'oeuvre n'a pas besoin de référence littéraire pour exister. Lobel-Riche fait de cette séance de pose une allégorie du pouvoir . La femme, objet de représentation, devient ici sujet : c’est son mouvement de recul qui fonde la dynamique du dessin. Le peintre, en revanche, incarne la domination, celle de l'homme, mais aussi celle du créateur, qui possède le pouvoir d’interpréter, de posséder, de transformer le corps par le regard et par le trait.
On retrouve dans l'intensité dramatique de cette composition la part sombre de Lobel-Riche, celle qu’on perçoit dans ses illustrations de Don Juan ou de Casanova : une fascination pour les visages de l’éros, où la beauté devient le lieu d’un combat entre désir et conscience.
Ce dessin, par son dépouillement et sa maîtrise, s’impose comme un exemple de la veine psychologique de Lobel-Riche.