1. La scène niçoise des années 1960–1980
L’appellation « École de Nice » désigne un ensemble d’artistes actifs sur la Côte d’Azur à partir des années 1950. Elle recouvre des démarches diverses : les expérimentations autour de la couleur et du vide d’Yves Klein, les accumulations d’Arman, les actions et écritures de Ben, les développements ultérieurs liés à Fluxus et à Supports Surfaces.
La Fondation Maeght joue un rôle structurant dans la diffusion de l’art moderne et contemporain sur le territoire. Les galeries niçoises des années 1980 — Archétype, Lola Gassin, La Mandragore — participent activement à cette dynamique.
Marie-Elisabeth Collet se forme et expose dans ce contexte. Elle acquière une formation technique poussée dans de écoles d'art orientées vers les arts appliqués, et commence ses premiers travaux par des recherches sur le visage.
À partir de 1984-1985, Marie-Elisabeth Collet trouve la source d'inspiration qui sera la sienne jusqu'à la fin de sa carrière artistique : la traduction dans des oeuvres abstraites des énergies contenues dans la matire et les formes.
2. Une recherche centrée sur la matière organique
C'est avec les écorces d'arbre que Collet commence le voyage qui l'amenera jusqu'aux formes aux origines de l'art abstrait , le cercle et la ligne.
Dans sa série des Écorces, elle introduit un vocabulaire formel fondé sur la surface végétale, la stratification et l’empreinte. Le bois collecté devient matériau de création plastique. La peau de l’arbre, où s’inscrivent les effets du temps, du climat et des accidents naturels, inspire à Marie-Elisabeth Collet des oeuvres pleines de respiration.
Cette orientation conduit à la série Murailles (1986). Les œuvres associent fusain, pierre, collage et pigment. Les formats s’étendent parfois sur dix-huit mètres linéaires. Les titres — Terre-Mer-Laisse, Mesure des Terres — affirment un lien direct avec les éléments primordiaux.
La critique de Jacques Lepage souligne en 1990 le passage d’une dimension tellurique vers une organisation plus cosmologique, marquée par une sobriété croissante.
3. La rencontre avec André Verdet
La rencontre avec André Verdet intervient à l’occasion de l’exposition de 1985 à Saint-Paul-de-Vence. Verdet, poète et acteur central de la scène azuréenne, développe depuis les années 1950 un dialogue constant entre poésie et arts plastiques.
La relation entre surface plastique et écriture est particulièrement présente en Côte d’Azur, où la poésie occupe une place structurante dans les échanges artistiques. Chez Collet, la présence du texte accompagne certaines séries, notamment Murailles. Le poème constitue une extension du travail sur la mémoire, la pierre et la terre.
4. Structures, formes, cycles
Le parcours de Collet s’organise par cycles. Chaque phase prolonge la précédente et synthétise les recherches antérieures sur l’enveloppe, la surface et la structure interne.
1) Écorces : surface végétale, empreinte, mémoire du vivant.
L'artiste collecte des fragments de bois (pins, platanes, lièges, cerisiers) et les intègre à un travail de surface qui associe peinture, collage et matière naturelle.
2) Murailles : structuration architecturée, verticalité, stratification.
Collages, fusain, pierres et pigments composent des structures murales, parfois présentées sur près de dix-huit mètres linéaires. Les titres (Terre-Mer-Laisse, Mesure des Terres) ancrent l’œuvre dans un vocabulaire géologique et architectural.
3) Géométrie
Triangles puis cercles apparaissent dans l'oeuvre de Collet. L’exposition Rondos (2005) à la Galerie des Ponchettes constitue un moment important.Les formes triangulaires explorées dans les années 1990 évoluent vers des compositions circulaires. L’artiste utilise toiles libres et intissé de laine de verre travaillé par empreinte. Le cercle devient une structure récurrente.
4) Pastels (à partir de 2008)
Le passage à cette nouvelle technique permet à l'artiste de procéder à une intensification du réseau linéaire comme forme d'intervention, et d'accentuer sa densité chromatique.
5. Une position dans l’École de Nice
Marie-Elisabeth Collet expose dans les galeries actives de la scène niçoise et bénéficie du regard de critiques impliqués dans ce milieu. Sa démarche s’inscrit dans ce réseau géographique et relationnel. Cependant, elle peine à trouver reconnaissance dans ce milieu qui reste très masculin, et peu tourné vers les recherches formelles.
Son œuvre développe cependant une continuité centrée sur la matière organique et les structures élémentaires. Cette cohérence interne constitue sa contribution spécifique au paysage artistique des années 1980-2000.
Expositions marquantes
1985 — Galerie La Mandragore, Saint-Paul-de-Vence (personnelle)
1986 — Galerie Archétype, Nice (collective puis personnelle)
1989 — Impromptus, rue Gioffredo, Nice (personnelle)
1990 — Galerie Lola Gassin, Nice (quasi rétrospective, avec Z’Éditions)
1997 — Le Manteau de l’Empereur, musée municipal de Saint-Paul-de-Vence
2005 — Rondos, Galerie des Ponchettes, Nice (exposition organisée par la Ville)