La cote d'un artiste: une question de point de vue?

L’Art a un prix mais encore faut-il savoir comment celui-ci se détermine. C’est à cela que sert ce qu’on appelle la cote d’un artiste, c’est-à-dire l’estimation à un instant T de la valeur de son Oeuvre. Cette cote dépend de nombreux facteurs et plusieurs acteurs contribuent – parfois dans l’ombre – à la façonner. Pas si facile pour les amateurs ni mêmes pour les collectionneurs de s’y retrouver.
Voici quelques pistes pour vous éclairer.

 

Qu’est-ce qu’une cote ?

L’origine remonte au Moyen-âge, du latin "quota" toujours utilisé pour désigner une partie, qui revêt trois significations : cotiser (la quote-part fiscale), mesurer (l’altitude par exemple) et valoriser un objet.

Avant toute chose, il faut prendre en compte le fait qu’une œuvre d’art ne sera pas valorisée de la même façon selon le « domaine » auquel elle appartient :

  • pour l’Art contemporain, la cote des nouveaux artistes est à former entièrement. Ce sont les galeries qui les représentent qui fixent les prix des œuvres, ou bien les artistes eux-mêmes (certaines galeries peuvent choisir de soutenir aussi leurs artistes au travers de ventes aux enchères).
  • pour l’Art moderne (artistes du XXème siècle) et l’Art ancien, ce sont les experts de chaque artiste et les résultats des ventes aux enchères qui influent sur la cote.

Takesada Matsutani,
Superposition, 2009, crayon-vinyl, 146x112
(courtoisie Galerie Richard)

> Takesada Matsutani est un des derniers représentants du mouvement japonais Gutaï ; exerçant à Paris il a été remis en avant par la Galerie Richard à Paris dès 2009 et à New-York en 2013, ce qui a fait déjà monter sa cote ; sa prise en charge par la galerie internationale Hauser & Wirth dès 2013, puis son intervention à la Biennale de Venise en 2017 et enfin exposition en septembre 2019 à Pompidou vont a priori fortement faire évoluer sa cote !

 

Au-delà des acteurs qui déterminent les prix dans ces domaines, existent d'autres sources d'information sur la cote d'un artiste :

  • Les ouvrages de référence généraux sur les artistes
    > Akoun (France), livre devenu site internet payant qui fournit une évaluation moyenne établie à partir des résultats de ventes publiques. Avant internet, c'était la référence, mais il se trouve face aujourd’hui à d’autres concurrents
  • Les bases de données en ligne qui recensent les passages des œuvres d’art en ventes aux enchères, sur le plan mondial et dont l’accès est payant
    > Art Price (France)
    > Art Net (New-York)
    > Arcadja
  • Les sites des maisons de vente aux enchères qui fournissent leurs résultats gratuitement, accessibles à tous avec moteur de recherche
  • Les marchands d'art - en ligne ou non - et les courtiers
  • Les grandes foires internationales
     

De quoi dépend une cote ?

Dans un monde idéal, elle devrait exclusivement refléter la valeur artistique d’une œuvre, l’importance de l’artiste au sein de l’Histoire de l’Art et sa contribution à l’enrichissement du patrimoine culturel.
Mais ce n’est pas si simple. L’Art reste un domaine où la subjectivité est reine. A cela s’ajoute l’aspect financier qui transforme parfois la cote d’un artiste en élément boursier, sensible à la spéculation.

Au final, toute cote suit un cours variable et une multitude de facteurs peut venir l’influencer : la santé de l’économie, la trajectoire de l’artiste, le dynamisme de ses représentants et le sens du vent (la mode, son décès, l’action des ayants-droit et des marchands, etc).


Pascal Maljette, série Made-in-China, 2018, huile, 120x100
présentée à la foire de HK
l'histoire d'une petite fille chinoise qui vit à l'ombre de la culture de Mao mais ne sait rien de lui

> Pascal Maljette est un artiste français qui vit en Chine, y expose et y vend très bien ; mais il n’est pas coté ici, la Chine ne s’y prêtant pas de la même manière

 

Voici quelques éléments qui sortent du lot et contribuent à la cotation d’un artiste :

  • l’Art comme objet de luxe. Les œuvres d’un artiste – la plupart du temps, contemporain ou présent dans les grands musées – entrent dans le circuit d’achat des grandes fortunes et sont destinées à venir enrichir un patrimoine ou contribuer à la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise. La cote est alors très élevée et parfois spéculative. La plupart du temps les transactions ne sont pas publiques et peu d’informations circulent sur la cote exacte en dehors du monde fermé des collectionneurs et des galeries.
     
  • la disponibilité de l’information sur le travail de l’artiste. L’accès à cette information joue sur la perception que se fait le public de la valeur d’un artiste et sur la reconnaissance de son œuvre. Le fait par exemple que l’artiste figure dans les livres de référence influencera positivement sa cote :
    > le fameux "Benezit" qui date de 1911 est une référence qui décrit toutes les caractéristiques historiques, artistiques, bibliographiques de 170 000 artistes de l’Antiquité à nos jours : c’est la bible des historiens de l’art.
    > les monographies, catalogues raisonnés, site internets, actions de communication menées par des galeries etc…
     
  • les résultats des ventes des œuvres d’un artiste aux enchères publiques qu’ils soient publiés sur le site des maisons de vente ou répertoriés dans une des bases de données payantes. Les acheteurs (et parfois également les vendeurs) consultent ces résultats pour se faire une idée du « juste » prix d’une œuvre.
     
  • l’apparition de nouveaux segments d’acheteurs qui acquièrent un pouvoir d’achat qu’ils n’avaient pas auparavant. Dans le cadre de la mondialisation du marché de l’art, ils vont générer des mouvements de cote, par exemple :
    > les Chinois pour Zao Wou-Ki
    > les Russes pour la peinture russe en exil
    > les Emirats arabes pour l’art orientaliste

 

Pour ou contre les bases de données ?

Ces bases de données en ligne sont un vaste répertoire qui recensent les résultats des ventes des œuvres d’art.

Le Pour :

  • les bases de données sont venues apporter de la transparence sur les transactions réalisées sur ce qu’on appelle le second marché de l’art : les ventes aux enchères.
  • elles donnent une visibilité à un niveau international ce qui permet de comparer les cotes des artistes d’un pays à l’autre. Un artiste peut par exemple être vendu plus cher dans un pays que dans un autre.
  • les cotes des bases de données donnent une vision immédiate des différences de valeur entre les différentes techniques artistiques, par exemple pour Artprice : Estampe, Photo, Dessin-Aquarelle, Peinture, Sculpture…

Lorsqu’elles sont alimentées régulièrement, de façon à montrer une moyenne statistique glissante et son évolution, elles sont un bon outil pour apprécier l’évolution d’une cote.


Recherche sur Edward Hopper sur Artnet

Le Contre :

  • Les bases de données dépendent de la communication des maisons de vente. Celles-ci publient de plus en plus leurs résultats sur leurs propres sites et ne prennent parfois plus la peine de les envoyer aux bases de données. D’autre part, les maisons de vente peuvent parfois choisir de ne pas communiquer les résultats obtenus.
  • Le prix de vente annoncé inclut souvent les frais acheteur des maisons de vente (de 25 à 35 % du prix total).
  • Par essence, les bases de données donnent une vision de la cote qui n’inclut pas :
        > les oeuvres vendues de gré à gré, par les galeries ou des particuliers
        > aucune oeuvre nouvelle (le "1er marché", vendu directement par les artistes)

En pratique : sachez nuancer :

  • certains artistes connus et appréciés figurent peu sur les bases de données, par le fait que leurs oeuvres sont rarement aux enchères, que leurs collectionneurs ne veulent pas se séparer de leurs oeuvres ou souhaitent attendre que la cote de l’artiste monte ; l’absence d’une cote significative pas n’est forcément dévalorisant
  • si l’artiste non vendu aux enchères a une galerie connue qui le suit, qu’elle le vend bien, alors sa réputation est suffisante pour qu’elle fasse toute seule autorité par les prix qu’elle pratique. La galerie ne fera pas passer les oeuvres de l’artiste aux enchères(sauf faillites de galerie ou banqueroutes des collectionneurs), les ventes ne se répercuteront donc pas sur sa cote. Un exemple : vente de la collection de la banque Worms.
     

Peut-on "fabriquer" une cote ?

Il y a des pratiques reconnues et d’autres qui sont éthiquement plus discutables.

Lorsqu’un artiste est pris en charge par des professionnels de l’art (galerie, agent...), ceux-ci engagent alors des actions de communication qui on pour but d’augmenter la visibilité de l’artiste et par répercussion de faire augmenter sa cote. Fabriquer une cote fait alors partie d’une stratégie de lancement d’un artiste prometteur auquel ses prescripteurs croient fermement, car ce n’est pas gratuit ; cela s’inscrit alors dans une démarche à moyen terme et globale de communication auprès du public, des institutions et de la presse : visibilité (expositions), appui moral et financier voire aide à la production d’oeuvres, lobbying auprès des institutions et mécènes... et par des ventes-achats continues aux enchères

Certains artistes « entretiennent » leur cote en salle des ventes - comme un investissement - de leur propre initiative, avec le soutien d’amis et d’amateurs : ils mettent en vente une ou quelques œuvres qu'ils achètent eux-mêmes à un prix plus élevé grace à plusieurs intermédiaires qui font monter les enchères.
En pratique :

  • cela nécessite plusieurs ventes cohérentes étalées sur quelques mois voire années
  • ce n’est pas gratuit, avec maintenant souvent 30% de frais acheteur, sans compter les frais vendeurs...
  • l’efficacité demande assez vite que cela soit fait dans des ventes internationales

On a vu des « professionnels » peu scrupuleux racheter une série de tableaux à un artiste en une fois puis attribuer lesdits tableaux à un personnage fictif et construire une cote sans pourcentage rétrocédé au vrai artiste.

Ce qui est certain, c’est que lorsque les œuvres de l’artiste n’ont pas de valeur artistique en elles-mêmes, sa cote s’effondre dès que les gens qui la soutenaient arrêtent de le faire.

 

La cote est donc un élément complexe auquel beaucoup de variables viennent contribuer.
Comment la fixer au final? voir la page de notre partenaire Almanart estimer une oeuvre d’art