Abstraction-création : un renouvellement esthétique

Juste avant la guerre de 1914-1918, les artistes peintres de l’Empire russe font une grande découverte : il n’est pas nécessaire de représenter un objet pour créer un tableau. La forme et la couleur pures se suffisent à elles-mêmes. Combinées avec harmonie, elles exaltent les émotions sans l’obstacle de la réflexion. L’art non objectif est né.

 


Mikhaïl Larionov. Rayonnisme bleu et rouge. 1911
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Cet art non-objectif devait connaître une grande vogue en Occident sous l‘appellation d’abstraction.

Dès la fin de la Grande Guerre, un combat acharné oppose les artistes abstraits et ceux qui affirment qu’il ne peut y avoir d’art sans sujet – les artistes figuratifs.

Figuration versus Abstraction : une des plus grandes querelles du monde de l’Art vient de commencer, avec ses ostracismes et ses bûchers, ses apologies et ses détracteurs. Elle marque tout le XXème siècle de son emprise et influe sur les carrières et les vies mêmes de tous les artistes de cette époque.

 


         Figuration : Guernica de Picasso           

 


Abstraction : Composition, Mondrian, 1935. 

 

C’est dans une des phases de cette querelle que s’inscrit le mouvement connu sous l’appellation Abstraction-Création.

Tout d'abord émerge à l’intérieur du mouvement abstrait un courant radical qui affirme que seule la géométrie a le droit de se réclamer de l’art abstrait. Les artistes de cette tendance se regroupent autour de Michel Seuphor et le groupe Cercle et Carré (1929) ou encore de Théo Van Doesburg et le groupe Art Concret (1930).

Mais le rigorisme de cette démarche géométrique suscite sa propre contre-réforme. Sans abandonner l’inspiration géométrique, certains artistes revendiquent le droit à la liberté créatrice hors d’un cadre exclusivement mathématique. Ils se regroupent autour de Herbin et Vantongerloo. C’est ainsi que naît en février 1931 à Paris l’association Abstraction/Création.

Le propos est ambitieux : faire rayonner la création géométrique à l’échelle internationale, et témoigner de sa vitalité en accueillant toutes ses déclinaisons ( Gorin, Tauber-Arp), y compris parfois l’allusion fort fugace à l’objet (Helion, Herbin, Pevsner). Une revue est créée ; elle diffuse l’information sur les travaux de ses membres, en reproduisant leurs œuvres.


Couverture de la revue Abstraction-Création

Le succès est immédiat : plus de 400 artistes dans le monde entier adhèrent à l'association. Mais celle-ci doit pourtant se dissoudre en 1936.

L’aventure n’est pas terminée pour autant. En 1973, un des artistes du mouvement, Max Bill, lance un projet ambitieux : rendre hommage à Abstraction/Création en éditant un ensemble de ses lithographies.

Il sélectionne 30 oeuvres composées entre 1931 et 1936 et particulièrement représentatives de l’exubérance et de la vitalité créatrice d'Abstraction/Création. Il les édite en lithographie et en sérigraphie dans un coffret tiré à 150 exemplaires. Ces estampes sont réalisées soit sous le contrôle des artistes encore vivants ( Domela, Vézelay, Max Bill) soit sous celui de leurs ayants droits.

Elles témoignent d’un mouvement mais, en les regardant, on s’aperçoit que la vision de ces artistes a imprégné l’inconscient collectif des générations de l’Après-Guerre. Architecture, graphisme, design, arts appliqués s’organisent et s’expriment, depuis un siècle, en résonance avec la vision d’Abstraction-Création.

 


      Ecole Tardy, Rhône-Alpes

                     


   Composition uniciste de Wladislaw STRZEMINSKI 

 

Nous vous présentons ici sélection de ces lithographies. Ce sont des témoins qui peuvent nous aident à mieux déchiffrer l’origine des conceptions visuelles de notre époque. Sans qu’il soit nécessaire de passer par les mots !